Les petits commerces, rempart contre l'isolement grâce aux liens légers
Liens légers : le small talk, ciment social insoupçonné

Un « Bonjour », un « Comment ça va ? », un « Quoi de neuf aujourd'hui ? ». Une plaisanterie rapide, un commentaire sur la météo, un autre sur l'info du jour. Quelques mots partagés sur le vif avec le boulanger, le coiffeur, le pharmacien, au café. Rien de plus banal. « Small talk », disent les Anglo-Saxons à propos de ces brefs échanges avec les commerçants de proximité, qui, en apparence, n'engagent à rien. En apparence seulement, selon trois chercheuses du groupe de réflexion Destin Commun. Elles viennent de consacrer une enquête à ces conversations anodines. Démarche inédite, car elle met en lumière la valeur de ces rituels fondus dans nos habitudes.

Des liens légers mais essentiels

La sociologie s'est souvent intéressée aux liens dits « forts » (familiaux) ou « faibles » (professionnels), peu encore à ces liens que cette étude qualifie de « légers ». N'en déduisez pas qu'ils sont sans importance, au contraire. Ils sont ici présentés comme « un fondement discret de la cohésion sociale », et un « rempart contre l'isolement ».

Des codes bien établis

Quoi de plus naturel et spontané que ces menus bavardages ? Pourtant, issue de quatre sessions d'entretiens avec des commerçants, cette étude décrit des conversations plus codifiées qu'il n'y paraît. Un protocole du quotidien, balisé par quelques règles. La politesse, la civilité, l'écoute, ou, belle expression, la « mémoire des habitudes ». Le cafetier qui sait par avance ce que vous allez commander, le boulanger qui anticipe le pain que vous choisirez, et, ce faisant, vous reconnaît comme un interlocuteur un peu à part. Autre convention : éviter certains sujets, la politique en premier lieu, même si, avec le temps, les désaccords s'assument.

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Des fragilités et des menaces

Ces « liens légers » sont fragiles. Les vents défavorables se multiplient. Incivilités, fermeture des commerces de proximité, recherche, dans certains magasins, de la rentabilité à tout prix. Au diable le papotage, priorité au panier moyen. Mais la grande menace vient des smartphones, des écouteurs, et de cette impolitesse qui s'ignore : des clients trop isolés dans leur bulle pour partager un mot avec les commerçants.

Préserver ces moments précieux

On referme cette étude en se promettant de décrocher de son téléphone la prochaine fois qu'on va chez le boulanger, et plus conscient de la vertu de ces moments où, au fond, tout le monde parle encore avec tout le monde. Un lien fugace mais, dans une société atomisée, précieux. Ces brins de causette, cultivons-les. Ces brefs échanges avec les commerçants, un « fondement discret de la cohésion sociale ».

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