Vieillesse solitaire à Vaulx-en-Velin : « Mes cannes se tiennent plus droites que moi »
Vieillesse solitaire à Vaulx-en-Velin : cannes plus droites que moi

Vieillesse solitaire à Vaulx-en-Velin : « Mes cannes se tiennent plus droites que moi »

Par Charlotte Herzog (Vaulx-en-Velin [Rhône], envoyée spéciale) – Publié hier à 06h30 – Temps de lecture 8 min.

« La vieillesse, c’est ce qui arrive aux gens qui deviennent vieux », écrivait Simone de Beauvoir. Mais comment cette étape de la vie est-elle réellement vécue par les personnes âgées ? À Vaulx-en-Velin, dans la métropole lyonnaise, Massyka, 87 ans, offre un témoignage poignant sur la solitude et les défis du quotidien.

Une vie rythmée par la routine et l'isolement

Massyka occupe seule son appartement HLM depuis 1986, dans le quartier de la Thibaude. Les jours s’y suivent et se ressemblent, malgré le soutien régulier de son aide à domicile et des bénévoles des Petits Frères des pauvres. « C’est dans une semaine, Noël ? » s’interroge-t-elle, craignant d’oublier les repères temporels. Sa vie est confinée à son logement, dont elle ne sort presque plus, transformant son intérieur en un refuge à la fois ordonné et symbolique.

Dans son salon, un philodendron déploie de jeunes feuilles vert tendre, une surprise car il végète depuis longtemps avec peu de soins. Massyka s’excuse auprès de la plante : les sacs de terreau sont « trop lourds à monter jusqu’ici ». Droite face aux rideaux en voile rose, tuteurée par une cordelette tendue au radiateur, la plante semble résister, à l’image de sa propriétaire. Autour, les meubles sont soigneusement arrangés avec des napperons, le jeté de canapé plisse élégamment, et les bibelots sont exempts de poussière. Les photos encadrées et les fleurs en tissu flamboyantes ajoutent une touche de vie à cet espace.

Les défis du logement social : ascenseur en panne et radiateurs défaillants

Le bailleur social de ce bien ne facilite pas la vie de Massyka. L’été dernier, l’ascenseur est resté en panne pendant près de quatre mois, isolant davantage cette résidente du sixième étage. L’hiver passé, les radiateurs ont lâché, obligeant à porter des vêtements d’extérieur même pour dormir, dans un froid persistant. « Demain, toujours demain, ils disent », déplore-t-elle, évoquant les réparations qui tardent à venir. Ces conditions aggravent son isolement et mettent en lumière les lacunes des services publics pour les personnes âgées vulnérables.

Pour saluer, Massyka pose l’une de ses deux cannes, offre un regard bienveillant, un sourire chaleureux, et tend sa main, très lisse malgré des décennies de travaux de couture. Cette gestuelle simple contraste avec la dureté de son environnement, rappelant sa résilience face aux épreuves.

Un appel à une meilleure prise en charge des aînés

Cette histoire souligne les enjeux cruciaux du vieillissement dans les quartiers populaires, où l’isolement et les problèmes de logement se conjuguent pour rendre la vie quotidienne difficile. Malgré les aides, comme celles des Petits Frères des pauvres, de nombreuses personnes âgées comme Massyka luttent pour maintenir une dignité et une autonomie menacées. Son témoignage, « Mes cannes se tiennent plus droites que moi », résume avec humour et tristesse les défis physiques et émotionnels de la vieillesse.

En conclusion, l’expérience de Massyka à Vaulx-en-Velin invite à une réflexion plus large sur les politiques de soutien aux aînés, notamment dans les HLM, où des améliorations urgentes sont nécessaires pour assurer des conditions de vie décentes et respectueuses.