Jean-Yves Lamant, président de la Ligue contre la violence routière, sera à Antibes ce vendredi 3 juillet 2026 pour une conférence intitulée « Sécurité routière et accidentologie : un an après l’homicide routier, quelles perspectives ? ». Invité par le député Éric Pauget, il y dévoilera des propositions radicales pour réduire la mortalité sur les routes.
Un bilan jugé « scandaleux »
Lamant qualifie la situation actuelle de « véritable scandale ». Selon lui, depuis douze ans, le nombre de tués et de blessés graves reste stable en France malgré les campagnes de prévention. Sur les douze derniers mois (juin 2025 à mai 2026), 3 565 personnes ont été tuées en France métropolitaine, soit une augmentation de 6,8 % par rapport à la période précédente. Près de 16 800 blessés graves sont recensés chaque année, dont environ 3 500 resteront handicapés à vie. « C’est un véritable bilan de guerre », insiste-t-il.
Lamant souligne également l’impact sur les victimes indirectes : « Nous invisibilisons un nombre considérable de victimes indirectes : les familles et les proches dont les vies sont brisées. Sur la base de nos hypothèses et de celles de l’assurance, on compte environ 9 victimes indirectes pour chaque victime directe. Cela signifie qu’environ 200 000 personnes sont touchées chaque année, l’équivalent de la population d’une ville comme Rennes. »
Les causes principales des collisions mortelles
Interrogé sur les facteurs de ces drames, Lamant précise : « Nous parlons plutôt de collisions mortelles ou graves. La tendance globale reste malheureusement la même depuis des décennies. La vitesse arrive en tête dans 30 % des cas, suivie par l’alcool (25 %), puis les stupéfiants (15 à 20 %). Viennent ensuite les distracteurs comme le téléphone (12 à 15 %), et enfin la fatigue ou la somnolence et les problèmes d’aptitude médicale à la conduite. »
Un « choc comportemental » nécessaire
Face à ce constat, Lamant appelle à un troisième choc après ceux de 1972 (ceinture de sécurité, limitations de vitesse et d’alcool) et de 2002 (radars automatiques). « Aujourd’hui, il nous faut un choc comportemental », affirme-t-il. Sa proposition phare : transformer le permis de conduire à vie en un « contrat de conduite ». Concrètement, un conducteur ayant commis une faute grave liée à une addiction ne retrouverait pas son permis initial, mais une autorisation de conduire soumise à des contraintes technologiques.
« Il s’agirait d’une sorte de “bracelet électronique de conduite” : par exemple, l’obligation de conduire un véhicule équipé d’un éthylotest antidémarrage pendant plusieurs années. Pour la vitesse, nous demandons l’application du LAVIA (Limiteur automatique à la vitesse autorisée), une technologie qui existe déjà et que l’Europe impose aux nouveaux véhicules. L’idée est d’accompagner et de responsabiliser ces conducteurs grâce à la technologie, plutôt que de faire du tout répressif ou de les mettre en prison. »
Le délit d’homicide routier : des effets rapides
Créé il y a un an sous l’impulsion d’Éric Pauget, le délit d’homicide routier montre déjà des résultats. « Bien qu’il faille 3 à 5 ans pour mesurer les véritables effets comportementaux, les parquets et les juges se sont appropriés cette loi dès le lendemain de son vote », se réjouit Lamant. « Le quantum des peines a quasiment doublé, passant en moyenne de 2-3 ans à 5-6 ans, avec même des peines de 12 ans prononcées en cas de récidive. » Il ajoute que l’aspect symbolique est essentiel pour les victimes, qui n’ont plus à subir le terme « involontaire » lorsque le conducteur a délibérément pris de l’alcool ou des stupéfiants.
Un plan Marshall pour les victimes
En vue de l’élection présidentielle, Lamant veut faire de la vision « zéro victime » en 2050 un véritable projet de société. « Aujourd’hui, pour ne “pas emmerder les Français”, on adopte des mesures contre-productives comme la fin du retrait de points pour les petits excès de vitesse. Il nous faut un plan Marshall de protection des victimes de la route, tout comme cela a été demandé pour la protection de l’enfance. » La Ligue prévoit de rencontrer tous les candidats à la présidentielle pour les interpeller sur leurs propositions.
Un message aux automobilistes avant les départs en vacances
Lamant conclut par un appel à la prudence : « Les vacances démarrent au moment où vous prenez le volant. Le facteur numéro un dans ces drames, c’est la précipitation. Alors, détendez-vous, prenez votre temps, et ne vous précipitez pas. À quoi sert de doubler sur une ligne blanche pour gagner 3 secondes ? Respectez le code, respectez les autres, et vous aurez la garantie d’arriver en entier. »



