Le centre hospitalier psychiatrique Sainte-Marie à Nice a franchi une étape décisive avec l'inauguration de la première tranche de ses travaux de modernisation le 5 mai 2026, trois ans après le début du chantier. Cet établissement sanitaire privé d'intérêt collectif, fondé en 1862, souffrait de locaux devenus vétustes. L'investissement de 110 millions d'euros a été entièrement supporté par le fonds Sainte-Marie de l'association hospitalière éponyme. Son président, Alain Noziglia, a souligné cet effort tout en espérant des subventions publiques pour la seconde partie du chantier.
Des chambres individuelles pour préserver l'intimité
Les patients bénéficient désormais de chambres individuelles avec salle de douche et toilettes, remplaçant les anciennes chambres collectives. Ceux qui souhaitent de la compagnie peuvent opter pour une chambre double. « L'intimité en psychiatrie est extrêmement importante », estime Celeste Favaro, 33 ans, médiatrice de santé-pair, qui apporte son vécu de malade rétablie aux autres patients, aux familles et aux soignants. Hospitalisée à plusieurs reprises, elle a trouvé dans l'art et le dessin un moyen d'engager la discussion et de partager ses émotions. « Le fait qu'il y ait des espaces de vie communs, entre patients, et pour recevoir leurs proches, est tout à fait bénéfique », ajoute-t-elle.
Redonner une forme de normalité
« Permettre aux patients d'évoluer dans un lieu agréable, c'est aussi leur redonner une certaine forme de normalité. La notion de bien-être est fondamentale », déclare Chantal Le Norcy, présidente de l'association ALDO, qui sensibilise sur les conditions de vie des adultes autistes polyhandicapés gravement déficitaires. Elle souligne que la direction a toujours prôné l'accueil des familles, désormais facilité par ces installations.
Angélique Feret, 50 ans, également médiatrice de santé-pair, a connu la maladie à 40 ans. Aujourd'hui rétablie, elle transmet son savoir expérientiel. « Ces nouveaux locaux associent intimité et collectif. On peut aspirer tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Des salles de relaxation ont été aménagées dans les unités, elles constituent un véritable atout pour aider les patients à faire redescendre la pression quand c'est nécessaire », explique-t-elle. Son rôle est aussi de porter la voix de ceux confrontés à la maladie, en expliquant aux parents et soignants comment on se sent lors de périodes difficiles, ce qui les aide à mieux appréhender la pathologie.
Un travail collaboratif avec les professionnels et les patients
Les architectes et concepteurs de cette version modernisée ont travaillé avec les professionnels et ont questionné les personnes hospitalisées pour mieux répondre à leurs besoins. Carole, aide-soignante à Sainte-Marie depuis 35 ans, a observé les changements depuis la livraison des bâtiments flambant neufs en février 2026. « On ressent moins l'enfermement car c'est beaucoup plus lumineux : il n'y a pas de barreaux mais de grandes baies vitrées. C'est aussi plus calme, moins bruyant, et plus grand. Nous observons déjà des retombées palpables, comme la baisse du recours aux médicaments hypnotiques la nuit », raconte-t-elle.
Marie-Dominique Ginez, responsable du bureau des aidants de Sainte-Marie, souligne : « Cette inauguration est une avancée parce que s'il y a un endroit où l'on a besoin d'être soi-même, de pouvoir s'isoler en chambre individuelle, c'est bien en hôpital psychiatrique. Le jour du déménagement, tout avait été préparé en amont, et j'ai vu arriver les patients avec leur oreiller, comme s'ils disaient : ''Nous nous réinstallons dans un lieu plus beau, plus propre, plus coloré''. C'est une belle image. Et je me réjouis que les conditions d'exercice soient aussi meilleures pour le personnel. »



