Le professeur Thouvenot alerte sur les conséquences graves du protoxyde d'azote chez les jeunes
Le professeur Eric Thouvenot, chef du service de neurologie au CHU de Nîmes, tire la sonnette d'alarme face à l'augmentation des cas liés à la consommation détournée de protoxyde d'azote, communément appelé proto ou gaz hilarant. Depuis cinq à six ans, il observe une hausse significative des hospitalisations de jeunes patients, principalement âgés de 15 à 20 ans, suite à l'usage de cette substance.
Une drogue récréative aux effets dévastateurs
Le protoxyde d'azote, connu pour son effet euphorisant et hilare, est souvent le premier accès à une drogue récréative pour les adolescents. Bien que son impact soit éphémère, d'une durée de quelques minutes, cela conduit fréquemment à une augmentation des doses consommées. Les séquelles d'une consommation régulière sont nombreuses et graves, incluant des troubles de l'équilibre, de l'anxiété, de l'irritabilité, une distorsion de la réalité et un ralentissement cérébral.
Le professeur Thouvenot souligne que une fois par mois, on a des cas très sévères, qui peuvent aller jusqu'à la réanimation. La toxicité du gaz provoque des dérèglements corporels, notamment une atteinte à la myéline, la gaine protectrice des nerfs du cerveau et de la moelle épinière. Cela perturbe le signal électrique, entraînant des troubles cognitifs et des difficultés motrices.
Symptômes et séquelles persistantes
Les patients hospitalisés présentent souvent des symptômes alarmants :
- Une perte d'équilibre, décrite comme une sensation d'être sur un bateau.
- Des difficultés à marcher, voire des paralysies partielles.
- Un ralentissement cérébral marqué, avec des problèmes de concentration et de mémoire.
- Des anémies liées au blocage de la vitamine B12, nécessitant des injections à fortes doses pour désobstruer les voies métaboliques.
Malgré les traitements disponibles, les symptômes sont parfois détectés trop tard, laissant des séquelles persistantes ou définitives, telles que des fourmillements permanents, des douleurs chroniques et des troubles de l'équilibre. Sur le plan neurologique, l'évaluation des séquelles cognitives reste complexe, car de nombreux patients ne reviennent pas pour un suivi régulier.
L'importance de la prévention et de la détection précoce
Pour limiter les dommages irréversibles, le professeur Thouvenot insiste sur l'arrêt total de la consommation comme première étape vers la guérison. Il propose également des mesures de sensibilisation, suggérant que l'ARS et les services de la préfecture collaborent pour développer des outils pédagogiques à diffuser dans les écoles.
Au CHU, un travail sur l'addiction est mené à l'unité du Grau-du-Roi, où certains jeunes sont suivis. Contrairement aux addictions aux stupéfiants ou à l'alcool, celle au protoxyde d'azote est davantage d'ordre psychologique, sans syndrome de manque physique. La détection précoce est cruciale : les signes incluent des changements de comportement, des douleurs, des troubles de l'équilibre ou un ralentissement général.
Le professeur conclut en encourageant les parents à discuter ouvertement avec leurs enfants des dangers de cette substance, afin de prévenir des conséquences potentiellement dévastatrices.