Orgasme féminin : pourquoi les idées reçues persistent et empêchent le plaisir
Entre mythes tenaces, focalisation sur la performance et absence de dialogue, la sexualité hétérosexuelle reste souvent déconnectée des réalités du plaisir féminin, pourtant bien documentées. Contrairement aux idées reçues, l'orgasme féminin n'oppose pas vagin et clitoris. Il s'inscrit dans une réponse globale du corps où la stimulation, le contexte et l'écoute du partenaire jouent un rôle déterminant.
« 30 % des femmes n'ont jamais eu d'orgasmes avec leur partenaire. » Depuis quelques semaines, Alexandra Lamy répète ce chiffre choc sur les plateaux de télévision. Actuellement en promotion du film Pour le plaisir, qui sort ce mercredi 6 mai et revient sur l'invention du Womanizer, un stimulateur clitoridien devenu le best-seller des sextoys à travers le monde, l'actrice insiste sur la méconnaissance qui entoure encore le plaisir féminin et les difficultés de nombreuses femmes à atteindre la jouissance suprême au sein de leur couple. Or, pour la sexologue Charlotte de Buzon, « l'orgasme féminin n'est pas un mystère, il faut simplement apprendre à le découvrir avec l'autre ».
Car physiologiquement parlant, « une femme peut avoir un orgasme en 20 secondes, tout comme un homme », estime la thérapeute. Mais pour y parvenir, un peu d'éducation et beaucoup de dialogue sont nécessaires.
L'opposition stérile entre vaginal et clitoridien
Et cela commence par déconstruire quelques mythes, comme celui selon lequel il y aurait des femmes clitoridiennes et d'autres vaginales. « C'est comme si je vous demandais si vous étiez pénien ou testiculaire, c'est idiot comme question », souligne Charlotte de Buzon. En réalité, « c'est Freud qui a dit cette énorme bêtise il y a une centaine d'années, et elle est reprise depuis », insiste la spécialiste. « Le clitoris est la partie la plus sensible chez la femme, avec environ 2 000 terminaisons nerveuses de plus que dans le gland du pénis masculin, la stimulation clitoridienne est donc indispensable au plaisir féminin. »
Sortir du dogme de la pénétration
Plusieurs études corroborent l'importance de cette stimulation clitoridienne dans l'atteinte de l'orgasme. Pour autant, la sexualité est encore aujourd'hui essentiellement axée sur la pénétration vaginale. « À cause de cela, beaucoup de femmes connaissent mal leur corps et ont des difficultés à accéder à leur plaisir, tandis que les hommes ont toujours des injonctions sur la durée du rapport, la vigueur de l'érection, mais la sexualité n'est pas uniquement basée là-dessus, explique Charlotte de Buzon. Beaucoup de femmes que je vois en thérapie me disent qu'elles ne sentent pas grand-chose durant la pénétration, je leur réponds 'bienvenue au club' ! »
Le clitoris : un organe « redécouvert » il y a moins de 30 ans
Malgré son rôle de premier plan dans le plaisir sexuel féminin, ce n'est qu'en 1998 qu'a été « découvert » le clitoris. « En réalité, on le connaît depuis des siècles mais il a été retiré des manuels de médecine, c'est une excision mentale, dénonce Charlotte de Buzon. Il aura finalement fallu l'intervention d'une urologue, durant une opération, qui a voulu en savoir plus en observant un clitoris pour que cet organe soit redécouvert. » La même année, le Viagra apparaissait pour la première fois dans les pharmacies américaines… Désormais, la science a établi qu'il mesurait environ 12 centimètres, qu'il était composé d'un corps spongieux et d'un corps caverneux et que sa partie la plus importante était interne au corps. « Cette partie interne va se gonfler lorsque le clitoris est stimulé et se gorger de sang, tout comme le pénis de l'homme, nous avons des érections du clitoris », précise la sexologue. D'autres zones érogènes comme les fesses ou les seins ne doivent pas être négligées, poursuit la spécialiste, et l'importance des caresses comme des baisers est primordiale pour augmenter les sensations, « mais sans stimulation clitoridienne, il n'y a pas de plaisir sexuel possible ».
Manque criant de communication
Une fois ces informations posées, la communication dans le couple est indispensable pour passer de la théorie à la pratique dans la quête de plaisir sexuel avec son ou sa partenaire. « Il faut absolument parler, conseille la sexologue. Dire 'je n'aime pas trop qu'on me touche là', 'je préfère plus fort, plus doux, plus lent ou plus rapide' et les hommes, n'hésitez pas à demander, regardez comment réagit votre partenaire, son souffle, il faut être attentif à l'autre ! » Bien que cette communication accrue puisse demander un effort à certaines personnes, le jeu en vaut la chandelle car l'orgasme féminin est bien plus fort en durée et en intensité que son homologue masculin. Charlotte de Buzon est catégorique : « Sur une échelle de plaisir allant de 1 à 100, l'homme peut aller jusqu'à 50, la femme jusqu'à 100 ! »
« Cet objet a aussi révolutionné la manière dont est perçu l'univers du sextoy »
Le clitoris est-il encore sous-estimé dans la pratique sexuelle ? Claire Bretagne, country manager France chez Adam & Eve, boutique en ligne de sextoys et lingerie : « C'est ce qui semble ressortir de notre étude SexReport 2026, qui indique que 46 % des femmes ont besoin d'une stimulation clitoridienne pendant le rapport sexuel pour atteindre l'orgasme. Et 24 % déclarent y parvenir plus facilement lors de la masturbation que lors de rapports avec un ou une partenaire. » Cela explique-t-il le succès des stimulateurs clitoridiens par air pulsé type Womanizer ? « Oui en partie, les clientes en sont ravies. Mais cet objet a aussi révolutionné la manière dont est perçu l'univers du sextoy. On est entré dans quelque chose de beaucoup plus lifestyle, avec des designs très soignés, qui sortent un peu du cliché des formes phalliques de qualité douteuse et d'aspect parfois disgracieux qu'on pouvait trouver auparavant. Aujourd'hui, c'est clairement une de nos meilleures ventes. » Pour autant, selon votre étude l'orgasme est-il indispensable pour apprécier une relation sexuelle ? « Pas forcément, car la définition du 'bon sexe' évolue. Si 33 % des répondantes citent leur propre orgasme comme critère d'une bonne expérience, et 27 % celui de leur partenaire, c'est la réponse 'les deux apprécient le rapport, peu importe qu'il y ait orgasme ou non' qui arrive en tête avec 46 %. »



