En France, la myopie touche désormais près de 40 % de la population, un phénomène qui inquiète les spécialistes. À l’échelle mondiale, les projections annoncent qu’en 2050, une personne sur deux pourrait être concernée. Face à cette situation, la chirurgie réfractive évolue : elle va désormais bien au-delà de la simple correction en devenant toujours plus précise et perfectionnée.
1. C’est quoi la myopie ?
« Ce n’est pas un simple trouble visuel », explique le Dr Charles Ghenassia, chirurgien ophtalmologue à Nice. Il s’agit d’une vraie modification structurelle de la forme de l’œil. « Le globe s’allonge, ce qui déplace le point de netteté en avant de la rétine. » Cette évolution peut commencer très tôt, « dès l’âge de 4 ans et progresser jusqu’à 18 ou 20 ans, avant de se stabiliser ».
2. Pourquoi se faire opérer ?
Au-delà du confort de se passer de lunettes ou de lentilles, la chirurgie réfractive de la myopie présente un intérêt médical. « Elle corrige le défaut visuel en remodelant la cornée, là où les verres se contentent de le compenser. Pour les porteurs de lentilles, elle permet aussi d’éliminer le risque d’infections cornéennes parfois graves, favorisées par une mauvaise hygiène ou la baignade. » En revanche, l’intervention ne change rien au risque de développer d’autres maladies oculaires comme la cataracte ou le glaucome. « Les probabilités restent les mêmes avant et après l’opération », rappelle le Dr Ghenassia. Un suivi ophtalmologique régulier reste donc indispensable. Attention toutefois : la chirurgie réfractive n’est pas prise en charge par l’Assurance-maladie, même si certaines mutuelles en couvrent une partie.
3. À quel âge franchir le pas ?
Pour envisager l’opération, la règle reste la stabilité visuelle, généralement atteinte entre 20 et 25 ans. « Quelques exceptions à la règle sont tolérées comme les impératifs de concours professionnels (armée, police, aviation), où une intervention précoce est acceptée pour obtenir l’aptitude médicale obligatoire », complète le spécialiste. Le candidat prend alors le risque de voir sa vue évoluer encore un peu, même si « les retouches, c’est-à-dire une nouvelle intervention pour corriger à nouveau la myopie, restent rares ».
4. Quelles méthodes ?
Ces dernières années, de nouvelles méthodes au laser ont vu le jour. Depuis quelques mois, le Dr Ghenassia s’appuie notamment sur le « ray-tracing », une nouvelle procédure laser qui modélise l’œil du patient en 3D grâce au système de diagnostic par ordinateur. Bien au-delà d’une simple mesure de la puissance globale de l’œil, cette technologie efface les moindres imperfections microscopiques. « Cela permet de connaître toute la topographie de la cornée et toutes les aberrations de l’œil », explique le spécialiste niçois. « Aujourd’hui la chirurgie réfractive ne se contente plus de corriger : elle devient personnalisée. » Cette ultra-précision offre parfois une véritable « supervision », nettement plus fine que la vision classique, avec un contraste optimisé, y compris la nuit. Sur le plan pratique, l’intervention sous anesthésie locale est très rapide et dure en général moins de dix minutes par œil. « Les nouvelles méthodes laser sont d’ailleurs bien plus confortables et moins agressives pour la cornée qu’autrefois. Anciennement, les lasers à gaz (Excimer) imposaient de sécher l’œil, ce qui provoquait un bruit de crépitement strident et une odeur de brûlé. Le laser solide de nouvelle génération, lui, utilise des cristaux et maintient un film d’eau protecteur permanent. »
5. Que faire en cas de contre-indication ?
Lorsque la myopie est très forte (au-delà de -8 dioptries) ou que la cornée est trop fine, son remodelage au laser est contre-indiqué. « On peut alors recourir à un implant intraoculaire, une petite lentille placée à l’intérieur de l’œil, derrière l’iris et devant le cristallin, sous anesthésie locale. Cette solution est plus invasive qu’un laser de surface, mais elle reste efficace pour les myopies les plus sévères. »
Le rôle croissance de notre environnement
Si la génétique reste un facteur majeur de la myopie, l’environnement joue lui aussi un rôle croissant. « Le manque d’exposition à la lumière du jour — qui libère de la dopamine dans la rétine et bloque naturellement l’élongation de l’œil — combiné à une sollicitation permanente de la vision de près sur les smartphones, fatigue nos yeux dès l’enfance. »
La chirurgie au laser ne se limite pas à la myopie : elle permet également de traiter d’autres troubles visuels comme l’hypermétropie, l’astigmatisme et la presbytie.



