Un rapport parlementaire publié ce mardi met en lumière des « lacunes » dans la gestion de l'affaire des laits infantiles contaminés, tant de la part de l'État que des industriels. Les rapporteurs estiment que ces faiblesses doivent être « impérativement prises en compte dans la perspective de futures crises ».
Origine et déroulement de la crise
L'affaire a débuté en décembre 2025 avec le rappel par Nestlé de dizaines de lots dans une soixantaine de pays en raison de la présence potentielle de céréulide, une toxine pouvant provoquer des vomissements dangereux chez les nouveau-nés. La crise s'est ensuite amplifiée avec des rappels similaires par Danone, Lactalis et d'autres acteurs jusqu'en février 2026. Le point commun était un ingrédient, une huile riche en acide arachidonique (ARA), fourni par un même sous-traitant chinois.
Des familles et associations ont accusé les fabricants d'avoir tardé à engager les rappels et l'État de s'être trop reposé sur leur bonne volonté.
Les lacunes identifiées
« Si l'impact épidémiologique de la crise semble aujourd'hui limité, cet événement révèle certaines lacunes », écrivent les rapporteurs, la députée Mathilde Hignet (LFI-NFP) et le député Michel Lauzzana (Renaissance). Ils pointent notamment un problème de chronologie : Nestlé, après avoir appris le 24 décembre que la contamination provenait de l'huile ARA, n'a informé les autres industriels que le 30 décembre et les autorités françaises le 5 janvier.
Les rapporteurs s'interrogent également sur la « réalité des contrôles mis en place » par le fournisseur chinois et déplorent les « moyens limités des autorités de contrôle », qui conduisent « à se reposer, de manière croissante, sur les auto-contrôles mis en place par les industriels ».
Communication tardive et conséquences sanitaires
Ils estiment qu'il aurait fallu rappeler d'emblée tous les lots contenant l'huile ARA du fournisseur chinois, plutôt que d'attendre les résultats des analyses. La communication des autorités a été « relativement tardive », avec un message aux professionnels de santé envoyé 17 jours après le début de la crise.
Les conséquences sanitaires restent incertaines. En France, trois décès de bébés ayant consommé un lait rappelé ont été signalés, mais pour deux d'entre eux, à Angers et Bordeaux, la responsabilité du lait a été écartée.
Les recommandations
Pour éviter de futures crises, les rapporteurs émettent douze recommandations, dont :
- Mieux encadrer les « matières ajoutées » comme l'huile ARA
- Renforcer les contrôles indépendants, en les faisant financer par les industriels
- Améliorer les procédures d'alerte lorsqu'un aliment destiné aux enfants est en cause
Ce rapport intervient dans un contexte de défiance envers les autorités sanitaires et les industriels du secteur, et appelle à une refonte des mécanismes de contrôle.



