Décès de Jacques Mestre, figure de la restauration à La Grande-Motte
Jacques Mestre, pionnier de la restauration à La Grande-Motte, est décédé

Jacques Mestre, président emblématique de l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) 34, est décédé dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 juillet des suites d'une embolie pulmonaire. Il était hospitalisé depuis samedi à la clinique du Millénaire à Montpellier. Marié à Denise et père d'un garçon, il avait 83 ans.

Une aventure de 53 ans au Clipper's

Le 11 décembre dernier, Jacques Mestre et son épouse Denise avaient mis fin à une aventure de 53 ans dans le restaurant Le Clipper's, qu'ils avaient créé sur le quai du général de Gaulle, que les Grand-Mottois appellent toujours le quai d'Honneur. « Nous avons ouvert ce restaurant en juillet 1972 avec une seule idée : faire simple, vrai et bon en respectant le produit, la mer et les clients », avait-il déclaré. Il avait remercié Denise, « ma femme infaillible pendant les tempêtes », qui tenait la barre pendant que son mari était retenu à l'Umih 34, qu'il présidait depuis 43 ans. Il avait été réélu pour deux ans début 2026.

Un parcours atypique

Jacques Mestre était revenu pour Midi Libre sur son parcours, il y a quelques mois. « J'ai tenu un parc à huîtres dans l'étang de Thau, puis le bar à vin familial à Sète avant de partir à l'armée. Quand je suis rentré, mes parents avaient vendu pour que j'aie d'autres fréquentations. » Le jeune homme, qui ne se destinait pas à être restaurateur, avait découvert ce métier « chez une amie qui tenait La Rascasse à Sète ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un des pionniers de La Grande-Motte

Jacques Mestre avait été un des premiers commerçants à s'installer à La Grande-Motte. Il y avait débarqué après avoir rencontré par hasard Jean Balladur, l'architecte de La Grande-Motte et cousin d'Édouard Balladur, chez un ami commun. « Il m'avait donné rendez-vous le lendemain dans son bureau et m'avait expliqué ses grandes ambitions pour la Grande-Motte. C'est comme ça que le Clippers était né. C'est Jean Balladur qui avait choisi le nom. Il revenait chaque année, le 21 juin, jour de la Saint-Jean, où il avait sa table réservée. » Le Clipper's était devenu un des hauts lieux de la station balnéaire. « L'histoire de la ville s'est en partie écrite au restaurant. Beaucoup de campagnes municipales s'y sont faites. »

Une vie politique et artistique

Lui-même s'était présenté aux élections municipales en 2001, récoltant 9 % des voix. « J'y ai reçu de nombreux responsables politiques : Macron et avant cela Chirac, Pasqua, Pompidou… Je suis de droite, donc j'ai beaucoup reçu des gens de droite. » Seule exception ? « Georges Frêche, qui me manque beaucoup. » À sa table, on retrouvait aussi tous les grands noms qui se sont succédé au festival de jazz : Ella Fitzgerald, Ray Charles, Stéphane Grapelli, Michel Petrucciani… Mais aussi Yves Montand et Claude Nougaro qui « avait débarqué à deux heures du matin ! »

Président de l'Umih régionale

Il avait traversé la période du Covid en tant que président de l'Umih Occitanie, représentant près de 10 000 restaurants et 1 000 hôtels, après avoir présidé l'Umih du Languedoc-Roussillon. Depuis, le plus gros problème à ses yeux était « la pénurie de personnel. Avant, on travaillait tard, on ne comptait pas les heures, on allait boire un verre après le service… Ce n'est plus du tout comme ça. Les jeunes ont du mal à travailler le week-end ». Un autre de ses chevaux de bataille était « l'augmentation des charges. Elle met notre profession en danger de disparition ». Il y a deux ans, il avait « lancé le ramassage des saisonniers en bus sur le littoral pendant l'été avec des horaires élargis jusqu'à une heure du matin. Car le logement des saisonniers est un enjeu majeur pour notre territoire. »

L'évolution de la restauration

Jacques Mestre avait été témoin de l'évolution de la restauration sur un demi-siècle. « Avant, aller au restaurant était une sortie élégante. Aujourd'hui, c'est devenu un loisir comme un autre. J'ai vu la gastronomie évoluer grâce à des chefs de talent, notamment la cuisine méditerranéenne et la gastronomie sétoise : les moules farcies, la tielle… Pour la petite histoire, j'en ai fabriqué quand j'étais jeune avec Adrienne Verducci, qui a été la première à en faire. Aujourd'hui, il faut proposer un thème de restaurant : on ne peut plus plaire à tout le monde. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Jacques Mestre était un des derniers pionniers de La Grande-Motte encore en activité. Avec lui, c'est une page de la station balnéaire et de l'histoire de la restauration dans l'Hérault qui se tourne. Les obsèques de Jacques Mestre auront lieu vendredi 10 juillet, à 9 h 30, à l'église Saint-Augustin, à la Grande-Motte.