Hantavirus : un mort sur un paquebot, faut-il craindre une pandémie ?
Hantavirus : un mort sur un paquebot, faut-il craindre une pandémie ?

Il y a trois semaines, 130 voyageurs embarquaient sur le MV Hondius, un imposant paquebot tout confort à destination du Cap-Vert, ses tortues et ses plages paradisiaques. Mais alors que le bateau traçait sa route dans les eaux profondes de l’Atlantique, un passager s’est senti mal : il peinait à respirer et sa poitrine se serrait. Les jours ont passé et les soins de l’équipage n’ont pas suffi à le sauver.

Dimanche 3 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est entretenue avec des journalistes internationaux et a annoncé qu’un hantavirus avait été détecté sur un patient. Entre-temps, deux autres personnes sont mortes sans que l’on parvienne à déterminer si l’hantavirus en est responsable. Alors, que faut-il craindre de ce virus inconnu du grand public ? Depuis la Guyane, la virologue Anne Lavergne traque les contaminations pour le compte de l’Institut Pasteur et de l’État français. Très létal, le virus est pris au sérieux par les autorités, mais les risques de pandémie sont extrêmement limités, assure-t-elle.

Entretien avec Anne Lavergne, virologue à l’Institut Pasteur

L’Express : Le tableau présenté est-il alarmant ?

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Anne Lavergne : Pour le moment, un seul cas a été confirmé sur cette croisière. Il est fortement probable qu’il s’agisse du virus Andes, car c’est le seul capable d’induire des contaminations humaines. Les autorités suivent de près la situation, car il existe une suspicion sur deux autres cas et qu’un bateau est un milieu très confiné.

Tout ceci peut rappeler le début du Covid-19, où des contaminations sur des croisières avaient aussi été détectées. Mais ce ne sont pas du tout les mêmes virus ni les mêmes modes de diffusion. Les transmissions interhumaines sont possibles, mais très rares. S’il y en a eu sur le bateau, ce serait une nouvelle étape dans la trajectoire de ce virus, pas le signe d’une nouvelle pandémie.

Que sait-on des hantavirus ?

Il existe deux grandes classes d’hantavirus. Il y a ceux de l’ancien monde – d’Europe et d’Asie –, qui provoquent des symptômes rénaux et hépatiques et dont la létalité peut atteindre 30 %. Et ceux du nouveau monde, qui provoquent des atteintes cardiaques et pulmonaires et pour lesquels 40 à 60 % des cas détectés décèdent. Ces chiffres montrent une forte virulence, mais il est probable qu’ils soient surestimés, car on ne détecte pas les cas les plus bénins dits « asymptomatiques ».

Comment les hantavirus se transmettent-ils ?

Le virus peut se transmettre par morsure, mais bien plus souvent par les urines. Quand le rongeur se soulage dans l’environnement, les particules du virus vont survivre quelque temps et des personnes peuvent alors respirer les poussières contaminées. Ce mode de transmission induit très peu de cas, car il ne bénéficie pas de vecteurs comme les moustiques par exemple. Pour être contaminée, il faut que la personne soit dans un environnement très proche des rongeurs, qu’il y ait suffisamment d’urines et qu’on en respire suffisamment.

Les rongeurs responsables des contaminations dans le « Nouveau monde » sont des espèces spécifiques peu communes des Amériques qu’on ne trouve pas dans les maisons. C’est aussi pour ça qu’il y a si peu de cas et qu’ils ne sont pas en progression dans le monde.

Ce qui veut dire que la croisière était infestée ?

Le plus probable est qu’une personne se soit contaminée lors d’une escale.

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Vous êtes affiliée au centre de référence national sur les hantavirus. En quoi consistent ses missions ?

L’Institut Pasteur héberge le centre national de référence. C’est la structure qui gère la surveillance en France. À Pasteur Guyane, nous sommes un laboratoire associé qui a plus spécifiquement pour mission le suivi des hantavirus du « Nouveau monde ». Nous étudions ces maladies en milieu clinique ou en laboratoire et nous pouvons apporter une expertise sur des cas identifiés dans l’objectif de mettre en place des outils de diagnostic, de typage des souches pour identifier les mutations ou débusquer les réservoirs de virus. Depuis 2008, nous avons identifié 13 cas en Guyane. Souvent, on ne remarque que les plus virulents : urgences absolues, réanimations, syndrome pulmonaire important (qui sont très peu fréquents). Il est souvent très difficile d’identifier les rongeurs à l’origine des contaminations. Nous y sommes parvenus à deux reprises seulement, car les animaux responsables sont le plus souvent à l’extérieur du domicile.

Quelles sont les mesures pour s’en protéger ?

Nous recommandons toutefois des gestes barrières de base, comme désinfecter ses chaussures et se laver les mains. Une fois que les cas se sont déclarés, il est possible de fournir une assistance respiratoire. En revanche, il n’existe aucun traitement.