Alors que la France connaît une nouvelle vague de chaleur précoce, des spécialistes du climat et de la santé publique tirent la sonnette d’alarme. « On ne devrait pas accepter que les canicules entraînent des milliers de morts, ce n’est pas normal », déclare le Dr. Jean-Claude Deschamps, épidémiologiste à Santé publique France. Selon lui, la surmortalité liée aux vagues de chaleur est en grande partie évitable, mais les mesures de prévention restent insuffisantes.
Un bilan humain lourd
L’été 2022 avait déjà causé plus de 10 000 décès supplémentaires en France, selon un rapport de Santé publique France. En 2023, le bilan a dépassé les 7 000 morts. Ces chiffres incluent principalement des personnes âgées, des malades chroniques et des travailleurs exposés. « Chaque canicule tue autant qu’un petit conflit armé, mais on s’y habitue », déplore le climatologue Hervé Le Treut.
Des solutions connues mais peu appliquées
Parmi les pistes d’amélioration, les experts citent la généralisation des îlots de fraîcheur urbains, l’isolation thermique des logements, et le renforcement des systèmes d’alerte précoce. « Nous savons ce qu’il faut faire, mais les investissements tardent », explique Claire Pétel, urbaniste spécialisée dans l’adaptation climatique. Elle pointe du doigt le manque de volonté politique et les contraintes budgétaires.
Un enjeu de justice sociale
Les canicules frappent plus durement les populations précaires, qui vivent souvent dans des logements mal isolés et sans climatisation. « C’est une question de justice sociale », insiste le Dr. Deschamps. Selon une étude de l’Inserm, le risque de décès pendant une canicule est trois fois plus élevé dans les quartiers défavorisés.
Appel à une mobilisation générale
Les experts réclament un plan national d’adaptation aux fortes chaleurs, avec des objectifs chiffrés et des financements dédiés. « Il faut agir maintenant, car les canicules vont devenir plus fréquentes et plus intenses », prévient Hervé Le Treut. Sans action rapide, la surmortalité estivale pourrait atteindre 20 000 décès par an d’ici 2050, selon les projections du Giec.
En attendant, les services d’urgence se préparent à une nouvelle vague de chaleur cette semaine, avec des températures attendues jusqu’à 40 °C dans le Sud-Ouest. Les autorités rappellent les gestes essentiels : boire de l’eau, éviter les sorties aux heures les plus chaudes, et prendre des nouvelles des personnes vulnérables.



