La vie paysanne immortalisée : une description intime d'une ferme française
Vie paysanne : une description intime d'une ferme française

La petite fenêtre donne sur une cour de ferme. Les rideaux ne sont pas en dentelle comme dans les magazines de décoration. Ils sont en nylon et ont été achetés au camion qui se gare sur la place du village tous les mercredis.

Dans l’âtre, une Rosière mauve et un fauteuil en osier recouvert d’une couverture à carreaux multicolores tricotés au crochet. En bout de table, une pile de factures et de prospectus, une vieille paire de lunettes raccommodée avec du sparadrap, l’étui qui va avec, le journal, quelques médicaments, un dessous-de-plat en formica jaune.

Les objets du quotidien

Au mur, entre le frigidaire et le vaisselier, un téléphone à cadran, le calendrier des postes et celui du Crédit agricole, équipé de cette poche où l’on rangeait toujours les dates de la lune pour les semis et le clapier.

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Près de l’entrée, un portemanteau, un parapluie, une pèlerine, un chapeau de paille, un béret. Sous l’escalier, une caisse avec du bois mort. Sur les chaises, des galettes en tissu qui cachent un peu de paille éventrée. Près de la porte qui donne dans la grange deux bâtons en châtaignier, une paire de bottes en caoutchouc.

Au clou, sous la poutre, deux cloches, une grande clé, une lampe électrique, un collier. Sur l’armoire, un fusil. Et, dans une boîte en fer-blanc, les cartouches. Sur l’autre mur, celui qui donne vers la souillarde, un thermomètre publicitaire vantant les mérites d’une faucheuse agricole, un cadre avec trois photos. « Mariage, août 1949 », « Transhumance, juin 1972 », « Le pépé et la mémé, octobre 1963 ».

Le repas du matin

C’est là, à ce moment-là, qu’ils arrivent pour déjeuner, lorsqu’il faut solidement se sustenter entre 8 et 9 heures du matin après la traite ou avant d’aller piqueter.

Commençons par la grande table, par son tiroir dont l’odeur de pain de seigle (pain noir) a imprégné le bois et par cette quantité de nourriture qu’elle pouvait supporter entre le canon de rouge tiré au tonneau dans des bouteilles étoilées et le carré de bleu dont la croûte finissait sur l’assiette retournée.

Cette assiette où ils découpent quelques fruits un peu trop mûrs ramassés en remontant de la grange comme leur père et leur grand-père, le faisaient avant eux, presque machinalement.

L'atmosphère de la cuisine

La lumière jaune éclaire la toile cirée. Le train de neuf heures ne devrait plus tarder. Si tout va bien, à l’aube, la Coquette aura fait son veau. Si tout va bien, il ne pleuvra plus et ils pourront enfin semer les pommes de terre dans le grand pré en contrebas. Au poste, ils parlent de quelques artistes qui gagnent des millions et d’une guerre qui, pour l’instant, ne les concerne pas.

Ils passent une main entre le front et le béret. Il va falloir penser à remplir les papiers pour la laiterie et préparer le chèque pour l’aliment qui doit être livré dans l’après-midi.

Sur l’aire d’un pouce, ils découpent un morceau de pain. Et le fricandeau, et le jambon avec beaucoup de gras, et le saucisson un peu rance, et la soupe de pain trempé, et le claquement sec du couteau qu’on referme. Et cette atmosphère recueillie, qui résume à elle seule tout ce qui ne s’explique pas.

Le café et la fin du repas

Servis à la casserole, ils boivent le café, toujours brûlant, qu’ils remuent à même le verre avec le manche de la fourchette en rajoutant parfois un peu de crème. Celle qui, une fois versée, sonne l’heure de la Gitane Maïs ou du tabac à rouler. Le sucre se trouve toujours dans la même boîte en fer-blanc (second claquement de la journée). Celle qu’une vieille tante leur rapporta de Montauban l’année où l’aîné est parti faire l’armée.

Enfin, ils rangent la serviette dans le tiroir de la table, juste à côté de la pierre à aiguiser et se lèvent un à un, lentement, dans le bruit des chaises qui bousculent le silence. Des pas dans l’escalier qui descendent vers l’étable, un tracteur qui démarre, des barbelés que l’on tire de l’autre côté du ruisseau, des bûches que l’on partage sous le préau, deux petits degrés courent au-dessus de zéro. La coquette n’a pas attendu la nuit. Quelque part, entre l’abreuvoir et le tombereau, elle lèche déjà son veau.

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