L'imam de Béziers condamné pour abus de confiance : une affaire de gestion opaque
L'imam de Béziers, président de l'association cultuelle El Houda, a été condamné ce mardi 14 avril par le tribunal de Béziers pour abus de confiance. Il écope de six mois de prison avec sursis et d'une amende de 10 000 €, dont la moitié avec sursis. Son épouse, présidente de l'association d'entraide scolaire Le Figuier, a été relaxée au bénéfice du doute.
Des soupçons de détournement de fonds
Le couple était poursuivi pour avoir utilisé à leur profit les cotisations des adhérents des deux associations qu'ils dirigent sans partage depuis des années. L'imam est accusé d'avoir détourné les fonds de l'association El Houda, tandis que son épouse était impliquée dans la gestion du Figuier. Le parquet avait requis neuf mois de détention avec sursis contre l'imam.
En plus de la peine de prison et de l'amende, l'imam se voit interdire de diriger une association pendant cinq ans. Cette sanction vise à prévenir de futurs abus dans la gestion des fonds associatifs.
Une défense basée sur la transparence informelle
Lors de l'audience, l'imam a défendu sa gestion, affirmant : "Je suis un théologien, cette mosquée est la prunelle de mes yeux. Je ne me suis jamais enrichi." Il a expliqué que les décisions étaient prises de manière informelle chaque vendredi après la prière, assurant une transparence totale. Cependant, la justice et l'administration ont souligné l'absence de traces écrites pour vérifier la circulation des fonds.
L'épouse a précisé que le couple, arrivé de la région parisienne, n'avait aucun revenu et vivait dans la mosquée, avec toutes les charges réglées par l'association El Houda. Elle a également créé une entreprise de traiteur pour subvenir aux besoins de la famille, après avoir échoué à fonder une école à Béziers faute de diplôme.
Des comptes bancaires bien garnis
L'enquête a révélé que l'association El Houda disposait de 160 000 € sur son compte bancaire, avec seul l'imam et son épouse ayant pouvoir de délégation. Pour l'association Le Figuier, le compte était approvisionné à hauteur de 45 000 €, sous le contrôle du mari. Le représentant du ministère public a dénoncé un fonctionnement "verrouillé depuis 2008", avec un accès aux comptes réservé à la famille et un mélange de patrimoine privé et cultuel.
Une défense qui plaide l'absence de preuves
Me Sami Skander, avocat du couple, a insisté sur le fait que le dossier était vide, avec seulement des relevés bancaires et aucune plainte déposée. Il a plaidé : "Il n'y a pas même un montant d'argent détourné. Moralement, leur façon de vivre est contestable, mais on vient salir la réputation d'une famille." Il a également mentionné un article 40 du préfet concernant l'absence de mariage civil du couple.
Malgré ces arguments, la condamnation de l'imam souligne les exigences de rigueur dans la gestion associative, notamment en matière de transparence financière. Cette affaire met en lumière les tensions entre pratiques informelles et obligations légales dans le milieu associatif religieux.



