Étudiant béninois en France : 360 euros nets par mois, entre précarité et espoir
Étudiant béninois : 360 euros nets par mois en France

Étudiant béninois en France : 360 euros nets par mois, entre précarité et espoir

360 euros nets par mois. C'est le seul revenu de Pascal*, un étudiant béninois de 23 ans inscrit en licence information-communication dans une université du sud de la France. Arrivé en 2024 pour poursuivre ses études, il vit avec un budget très serré, bien en deçà du seuil de pauvreté fixé par l'Insee à 1 288 euros mensuels pour une personne seule en 2023. Pourtant, Pascal conteste cette qualification.

« Je ne dirais pas que je vis en situation de précarité. Le terme me semble excessif. Certes, j'éprouve des difficultés financières, mais j'ai un toit, je parviens à me nourrir et je travaille. L'essentiel est assuré : me loger, me nourrir, me vêtir. Ce sont là mes priorités. Je ne suis pas riche, mais je ne me considère pas comme pauvre », explique l'étudiant, qui aspire à une carrière dans le management sportif.

Du journalisme au Bénin aux études en France

Originaire du sud-ouest du Bénin, Pascal a obtenu une licence de journalisme en 2022. Pendant ses études, il travaillait à temps partiel dans un média agricole, puis à temps plein après l'obtention de son diplôme. « Mon employeur me versait le salaire minimum : 40 000 francs CFA mensuels, soit environ 60 euros, pour un poste de journaliste à temps plein », raconte-t-il. En 2023, le salaire minimum légal a été revalorisé à 54 000 francs CFA, soit 82 euros.

« J'ai accepté cette faible rémunération en me disant que c'était un début, que cela me permettrait d'acquérir de l'expérience et d'enrichir mon CV ». Mais rapidement, il souhaite reprendre ses études et se tourne vers la France pour une licence information-communication, avec l'objectif d'intégrer un master lié au sport. « La France étant un grand pays sportif, je me suis dit qu'il y aurait de nombreuses opportunités. C'était avant tout une décision tournée vers l'avenir ».

Un coût de la vie démultiplié

Le voyage vers la France représente un investissement considérable. « Heureusement, j'ai pu compter sur le soutien financier de mes parents et de quelques proches, sinon je n'aurais jamais réuni les fonds nécessaires. Mon billet d'avion coûtait 436 000 francs CFA, soit environ 664 euros, pour un aller simple ». Il arrive en septembre 2024 avec environ 400 euros, qui doivent couvrir les frais de scolarité et autres dépenses initiales. Après paiement, il ne lui reste que 75 euros.

« Les charges en France ne sont pas comparables à celles de l'Afrique. Au Bénin, je peux louer une villa dans certains endroits pour 150 euros. Ici, cette somme ne suffit même pas pour un petit studio. Le niveau de vie n'est donc pas le même. Toutefois, par rapport à ma vie au Bénin, ma situation en France demeure meilleure ».

Une vie rythmée par les petits boulots et l'entraide

À son arrivée, il loge chez un ami qui lui avance les premiers mois de loyer. Pendant plusieurs mois, Pascal ne trouve pas de travail et doit emprunter de l'argent à des amis pour se nourrir, fréquentant également les Restos du Cœur et le Secours populaire. En décembre, il obtient sa première mission d'intérim pour 150 euros nets.

À l'été, il décroche un CDI étudiant dans un supermarché à raison de 7 heures hebdomadaires, payé au Smic. Cela lui rapporte environ 460 euros bruts mensuels, soit 360 euros nets. « Parfois, on peut avoir des heures supp' », précise-t-il. Cette somme est son unique revenu, car il n'est éligible ni aux aides sociales ni à une bourse étudiante.

Il vit en colocation dans un studio de 21 m², payant un loyer de 150 euros. La majeure partie de son budget est consacrée à l'alimentation (150 euros), avec un forfait téléphonique à 8,99 euros et 30 euros d'épargne mensuelle. « Pour ce qui est des vêtements, je n'achète presque rien ».

Le soutien crucial d'une association et d'un couple de retraités

Depuis quelques mois, Pascal est aidé par l'association Studhelp, qui met en contact les étudiants en précarité alimentaire avec des particuliers. « Lorsque je me suis inscrit, j'ai été mis en contact avec un gentil couple de retraités qui me fournit des colis alimentaires une à deux fois par mois. Ils m'écrivent pour me demander mes besoins et font les courses. Grâce à eux, j'ai pratiquement tout ce dont j'ai besoin ! ». Selon lui, ces colis valent environ 50 euros chacun. Il est depuis devenu bénévole au sein de l'association.

« Je pense que la France place les étudiants dans de bonnes conditions et leur offre de réelles opportunités », souligne-t-il, appréciant les frais de scolarité modérés de 170 euros et les infrastructures de qualité. « Au Bénin, la seule aide destinée aux étudiants consiste en des bourses d'études pour l'enseignement supérieur de 420 000 francs CFA annuels, soit environ 640 euros ».

Un avenir tourné vers le management sportif

Pour la rentrée prochaine, Pascal envisage un master en management du sport en alternance. « Je mets tous les moyens en œuvre pour y parvenir ». Son avenir s'écrit en France, où il compte rester travailler après ses études pour acquérir de l'expérience. « Par la suite, si un bon projet se présente dans mon pays d'origine dans le domaine du sport — car le Bénin investit désormais beaucoup dans ce secteur —, je pourrai envisager d'y contribuer avec l'expérience acquise ici. Mais pour l'instant, je me plais ici ; la France offre de nombreuses opportunités ».

En France, 329 100 étudiants étrangers étaient inscrits dans l'enseignement supérieur à la rentrée 2024, représentant 12 % de l'ensemble des étudiants. Ils sont particulièrement exposés à la précarité : 60 % des bénéficiaires d'aide alimentaire sont des étudiants étrangers, selon une étude de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) publiée en 2025.

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.