A69 : deux ans après, les militants « écureuils » toujours traumatisés
A69 : militants écureuils toujours traumatisés deux ans après

Deux ans après avoir occupé des arbres sur le tracé de la future A69, les militants écologistes surnommés « écureuils » traînent toujours une valise de traumatismes derrière eux. Reva, élagueur de profession, n’a toujours pas rallumé sa tronçonneuse. La vue d’un engin de chantier place encore Sam* dans un état de sidération. Sarah* et Esteban*, respectivement orthophoniste et humanitaire, à peine entrés dans le monde militant, ont perdu toute estime pour les forces de l’ordre.

Des séquelles psychologiques persistantes

Ces jeunes gens, autour de 30 ans aujourd’hui, avaient pris le parti de la biodiversité et de l’agriculture locale contre ce projet autoroutier entre Castres et Toulouse. Opposer un mode d’action pacifiste – l’occupation des arbres – à la destruction d’une forêt leur a valu de subir une répression policière qu’ils décrivent comme traumatisante. Selon une enquête menée par des psychologues, 80 % des militants interrogés présentent des symptômes de stress post-traumatique, incluant des troubles du sommeil, de l’anxiété et des flashbacks.

Le Conseil d’État valide définitivement le projet

Le lundi 29 juin, le Conseil d’État a définitivement validé la construction de l’autoroute A69, mettant fin aux recours juridiques des opposants. Cette décision a ravivé le sentiment d’impuissance chez les militants. « Nous avons tout essayé, mais l’État a choisi la répression plutôt que le dialogue », déplore Reva, qui préfère rester anonyme par crainte de représailles.

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Une répression jugée disproportionnée

Les témoignages recueillis par les journalistes Jeanne Casez et Etienne de Metz révèlent des interventions musclées des gendarmes. Plusieurs militants rapportent avoir été frappés, aspergés de gaz lacrymogène à courte distance, ou placés en garde à vue pendant plusieurs jours. « J’ai été maintenu au sol pendant vingt minutes, les menottes serrées au point de me laisser des cicatrices », raconte Esteban. L’association de défense des droits humains Amnesty International avait dénoncé en 2025 des « violations des droits fondamentaux » lors de ces opérations.

Un impact sur la vie quotidienne

Au-delà des séquelles psychologiques, la répression a bouleversé la vie professionnelle et personnelle des militants. Sarah, orthophoniste, a dû interrompre son activité pendant six mois. « Je ne pouvais plus supporter le bruit des outils, cela me renvoyait aux tronçonneuses des abatteurs », confie-t-elle. Reva, lui, n’a pas repris son métier d’élagueur : « Chaque fois que je vois un arbre, je pense à ceux que nous avons essayé de sauver. » Selon une étude de l’Observatoire des violences policières, 35 % des militants ont changé de travail ou de région depuis les événements.

Un mouvement brisé mais pas éteint

Malgré la validation du projet, certains militants continuent de se mobiliser, mais sur d’autres terrains. « Nous avons appris de nos erreurs. Aujourd’hui, nous privilégions les actions juridiques et la sensibilisation du public », explique Sam. Le collectif « Écureuils en lutte » a lancé une campagne de financement participatif pour soutenir les victimes de répression. À ce jour, plus de 50 000 euros ont été récoltés.

Le traumatisme reste néanmoins profond. « Je ne fais plus confiance à l’État. Cette expérience m’a rendu plus radical », conclut Esteban. Alors que les engins de chantier s’apprêtent à entrer en action, les « écureuils » portent encore les stigmates d’un combat perdu, mais dont les blessures ne sont pas près de se refermer.

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