Paris s'engage : zéro enfant à la rue d'ici 2026, un défi colossal
« Aucune société digne de ce nom ne peut laisser ses enfants dormir à la rue. » Par ces mots prononcés le mardi 14 avril, Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris, a rappelé avec force sa promesse de campagne. Lors du premier Conseil de Paris exceptionnel, il a réitéré son objectif ambitieux : « qu'aucun enfant ne dorme à la rue à Paris d'ici l'hiver 2026 ».
Un engagement qui rappelle les promesses nationales
Cette déclaration fait écho à la promesse malheureuse d'Emmanuel Macron qui avait affirmé en 2017 vouloir mettre fin à la présence de personnes sans-abri dans les rues, les bois ou les situations de perdition d'ici la fin de la même année. Toutefois, Paris n'est pas la France, et Emmanuel Grégoire a déjà esquissé les grandes lignes d'un plan concret. La question centrale demeure : cet engagement est-il réaliste ? Des associations spécialisées apportent leur éclairage.
La problématique des familles et la surchauffe du 115
Comme le souligne Éric Signarbieux, délégué général de l'Unccas, « le premier problème, c'est la surchauffe du 115, le numéro pour les hébergements d'urgence ». Bien que l'hébergement d'urgence relève de la compétence de l'État, « comme beaucoup de communes, Paris propose déjà et va continuer à proposer plus de places. Parfois en remédiant aux manques, mais de plus en plus souvent en créant elles-mêmes des places », précise-t-il.
Didier Wloszczowski, président de la fédération parisienne du Secours populaire, tempère cet optimisme : « Nous attendons concrètement de voir les moyens que Monsieur Grégoire va mettre en place ». Il insiste sur le fait que « quand on parle de mettre à l'abri les enfants, il faut bien aussi penser à mettre à l'abri toutes les familles qui accompagnent ces enfants très souvent à la rue ». Selon lui, « la faisabilité de cette promesse dépend des moyens que la mairie de Paris va mettre à disposition des services sociaux ».
Le plan parisien : 4 000 nouvelles places et des sites modulables
Emmanuel Grégoire a annoncé son intention de déployer un plan de 4 000 nouvelles places d'hébergement, portant la capacité totale financée par la ville à près de 7 000 places. Parmi les mesures phares, l'ouverture de sites modulables, inspirés du modèle de la « bulle humanitaire » de 2016-2020, qui pourraient être installés à la place des campements situés sous les métros aériens de la capitale.
Ces places se trouvent principalement dans les centres de l'État, dans des installations réquisitionnées par la ville (comme le gymnase Fédération dans le 15ᵉ arrondissement, qui accueille « 109 personnes en famille » depuis le 30 mars), et dans les sites modulables. Éric Signarbieux souligne que « Paris est une grosse ville, donc il y a des gros besoins mais il y a aussi du patrimoine. Et c'est ce que fait Paris, puisque je crois qu'ils récupèrent des anciens lycées par exemple pour créer des places ».
Au-delà des places : l'accompagnement social et la coordination
La création de places d'hébergement ne suffit pas. Éric Signarbieux rappelle qu'« il faut aussi faire tout le travail en lien avec le 115. Ce qu'on appelle les maraudes pour informer et accompagner les gens. Pour cela, il faut des professionnels pour aller à la rencontre des personnes sans-abri et leur indiquer par exemple, que s'ils ont un enfant, il y a de la place ici ou là ».
Paris dispose de moyens significatifs, notamment parce qu'elle est aussi un département, avec la compétence de la protection de l'enfance. Cela implique une « obligation de pouvoir mettre à l'abri les parents isolés avec des enfants de moins de 3 ans ». La ville peut ainsi réquisitionner ou négocier des places d'hébergement dans des hôtels, par exemple.
La nécessité d'une sortie durable de la rue
Didier Wloszczowski insiste sur l'importance de l'accompagnement social : « C'est souvent ce qu'il manque aux personnes à la rue pour les aider à se remettre dans le circuit d'une vie normale. C'est très important de leur donner accès à leurs droits : droit au logement, droit à l'éducation, droit à la santé ». Selon lui, c'est le meilleur moyen de les sortir de manière pérenne de la rue.
Enfin, Paris n'est pas isolé. Si la capitale concentre la majorité des personnes sans-abri de la métropole, d'autres communes de la région disposent de places d'hébergement qui pourraient être utilisées. Éric Signarbieux précise que « cela, c'est le rôle du SIAO [le '115'] qui répartit et propose des solutions aux familles », soulignant l'importance d'une coordination efficace entre les différents acteurs pour relever ce défi humanitaire majeur.



