Plus de dix-huit mois après la mort de Michel Lougnon, un Héraultais de 67 ans, lors d'une randonnée en Martinique, ses proches réclament des comptes aux services de secours antillais et à la justice. Selon eux, cette simple balade n'aurait jamais dû virer au drame. Le retraité de la fonction publique a été tué par une branche d'arbre après l'arrivée du Dragon 972, l'hélicoptère de la Sécurité civile, venu secourir son épouse Catherine, victime d'une fracture à la cheville sur le chemin du retour d'une randonnée touristique à la cascade de l'Anse Couleuvre, au nord de l'île.
Un drame évitable selon la famille
« Nous n'avons aucune nouvelle, on a l'impression que c'est pour mieux enterrer l'affaire. Mais nous n'oublions pas et nous ne lâcherons pas », prévient Pauline Lougnon, la fille du couple, présente lors du tragique 18 mars 2024. « Mon père n'avait que 67 ans, il était en pleine forme et avait de belles années devant lui. On lui a volé ces années-là, il ne connaîtra jamais ses petits-enfants… On part d'une cheville cassée, on finit par un mort et, à 50 cm près, c'était moi qui étais écrasée. Ces images ne me quitteront jamais », confie-t-elle.
Un rapport du BEA qui pointe des fragilités
Les parties civiles n'ont toujours pas reçu le rapport d'autopsie, mais le Bureau enquêtes accidents (BEA) a publié son rapport en mai dernier. La famille a été reçue en préfecture à Montpellier pour en prendre connaissance. Il en ressort que trois passages successifs de l'hélicoptère ont fragilisé la canopée et provoqué la chute de la branche par le souffle du rotor. La Sécurité civile affirme que les procédures de vol et de sécurité ont été respectées. « Des erreurs ont été faites, elles sont là. On attend la version des pompiers, mais on n'a aucune information », regrette Pauline Lougnon.
Des dysfonctionnements dans les secours
La famille dénonce plusieurs anomalies : ordre et contre-ordre sur le déploiement du Dragon 972, qui ne voulait initialement pas décoller en raison des risques dans le massif ; oubli du sac de secours contenant l'outil pour fixer l'attelle, nécessitant un aller-retour de l'hélicoptère ; problème de placement en stationnaire et de périmètre de sécurité au sol. « Aucun pompier n'a vu mon père, comment peuvent-ils dire qu'ils ont maintenu un périmètre de sécurité ? Quand j'ai crié, les pompiers à pied n'avaient même pas vu que mon père était sous la branche. C'est aberrant, ils sont venus en touristes… », fustige Pauline Lougnon. Le lendemain, une cellule psychologique a été ouverte pour les pompiers choqués, mais aucun soutien n'a été proposé à la famille.
Un besoin de justice et de procès
Me Luc Abratkiewicz, avocat de la famille, a sollicité le procureur pour connaître l'état d'avancement de la procédure, sans réponse. « Cette attente est intolérable, voire inadmissible : on ne sait pas si toutes les investigations ont été faites. » Il estime que des poursuites pénales sont nécessaires : « Il y a des responsabilités évidentes. On n'envoie pas un hélicoptère sans prendre de précaution pour protéger les gens au sol. Vous partez faire une rando, vous revenez avec un cadavre. » Pauline Lougnon conclut : « On aimerait tourner la page, ne pas avoir une justice plus que lente. Il est mort, des erreurs ont été commises, je veux un procès parce que j'ai des choses à dire et je ne veux surtout pas que cela se reproduise. » Contacté, le parquet de Fort-de-France n'a pas répondu.



