Le premier jour du procès de Rocco Emilio Tramontana, 64 ans, jugé depuis ce mardi 30 juin 2026 devant le tribunal criminel de Monaco pour « tentatives de meurtre » sur deux anciens collègues, a été largement consacré à l'examen de sa personnalité. L'accusé, qui comparaît jusqu'à vendredi, est également poursuivi pour « menaces de mort sans ordre ni condition » à l'encontre de l'une des victimes, une cuisinière italo-colombienne de 61 ans qu'il présente comme son ex-compagne. Les faits remontent au 8 août 2023, aux alentours de midi, au restaurant L'Estragon à Monaco-Ville.
Reconnaissance partielle des faits
À l'ouverture des débats, après la lecture des charges, Rocco Emilio Tramontana a reconnu la tentative de meurtre sur le plongeur sénégalais de 56 ans, poignardé à l'abdomen. En revanche, il a contesté la tentative de meurtre concernant la cuisinière ainsi que les menaces de mort à son encontre. L'accusé, qui s'exprime par l'intermédiaire d'une interprète, est resté debout malgré des problèmes de dos.
Un casier judiciaire chargé à l'étranger
Le président du tribunal criminel, Jérôme Fougeras-Lavergnolle, a invité l'accusé à retracer son parcours. Les yeux humides, Rocco Emilio Tramontana a évoqué une enfance « heureuse mais pauvre » dans le Sud de l'Italie, marquée par un départ prématuré de l'école à 12 ans pour aider sa famille. Après une formation de maçon et un départ pour l'Allemagne à l'adolescence, il y apprend la cuisine et ouvre son propre restaurant. Cependant, son casier judiciaire allemand mentionne des condamnations pour fraudes fiscales et violences volontaires entre le début des années 2000 et 2021. Pour chaque point, l'accusé a fourni une version l'exonérant : un voisin kurde qui aurait emmené sa fille de huit ans chez lui, un arbitre de Taekwondo « malveillant » lors d'une compétition de son fils, ou encore sa deuxième épouse qu'il accuse d'avoir introduit des mafieux dans son établissement. À cela s'ajoutent des informations judiciaires sans condamnation.
Relations sentimentales tumultueuses
Le tribunal est également revenu longuement sur les relations amoureuses de l'accusé, notamment ses trois mariages. Tous ont été brisés par des affaires et des accusations, à l'exception du premier, avec lequel il a eu des jumeaux. Pour la deuxième épouse, impliquée dans l'affaire de mafieux, Rocco Emilio Tramontana admet l'avoir giflée. Quant à la troisième épouse, épousée pour respecter une promesse faite à son père sur son lit de mort, l'union s'est terminée par une « disparition » de la femme deux semaines après et une plainte pour violences, notamment pour avoir cassé un téléphone sur sa tête. L'accusé conteste ces faits, affirmant que son ex-femme s'est infligée ses propres blessures pour l'accuser à tort. Le président a alors commenté : « Vous n'avez pas de chance, il y a toujours un problème avec les femmes. »
Une tendance à se déresponsabiliser
Trois des quatre enfants de l'accusé n'ont pas souhaité témoigner, mais sa fille a déposé, décrivant son père comme « impulsif, nerveux et capable de s'énerver rapidement ». L'accusé a minimisé ce trait : « Peut-être que je suis impulsif, mais cela ne signifie pas que je suis violent. » Cette propension à se déresponsabiliser a également été notée par le directeur d'enquête lors des auditions en garde à vue : « Il essayait d'abord, avant d'exprimer des regrets, de se justifier et de trouver une excuse. » La victime, serveuse et prétendue ex-compagne, trop éprouvée ce mardi matin, pourra témoigner ce mercredi, deuxième jour du procès.
L'interpellation éclaire la personnalité
Le 8 août 2023, après avoir poignardé son collègue et pourchassé la seconde victime, l'accusé a été interpellé sur le Rocher, en présence de « milliers de touristes », selon un carabinier. L'officier de la Sûreté publique arrivé en renfort a dû écarter des passants avant de constater « un contact physique viril » entre le suspect et le carabinier. « Il n'était pas agressif mais plutôt récalcitrant », a-t-il déclaré. Selon les intervenants, Rocco Emilio Tramontana ne semblait pas délirant au moment de son arrestation et ne s'est énervé qu'au moment où les menottes lui ont été imposées. Une seule divergence : pour le policier, l'accusé n'a rien dit ; pour le carabinier, il aurait répété « désolé, désolé » en français.



