À partir de ce lundi, Laetitia R., 42 ans, fait face à celui qu'elle accuse d'avoir été son bourreau pendant de longues années. Son ancien compagnon, Guillaume B., 51 ans, est jugé par la cour d'assises des Alpes-de-Haute-Provence pour des viols répétés, précédés d'actes de torture et de barbarie, ainsi que pour des violences psychologiques et des faits de proxénétisme. La victime souhaite que ce procès soit public.
Une volonté de montrer que la honte doit changer de camp
« Il y a chez elle une volonté de montrer que la honte doit changer de camp », insiste Me Philippe-Henry Honneger, son avocat, qui représente également les enfants de Laetitia R. « Elle se prépare, elle appréhende évidemment mais elle est très déterminée à l'idée de pouvoir expliquer ce qui lui est arrivé », poursuit le conseil.
Le début d'une relation sous emprise
Tout commence en 2015, lorsque Laetitia R. rencontre à Manosque ce père de famille, divorcé et plus âgé qu'elle. Les jeux sexuels et les pratiques sadomasochistes consentis au début de la relation laissent rapidement place à des coups, des insultes et des humiliations au quotidien. « J'étais juste vide », confie-t-elle.
Selon le récit de Laetitia R., elle doit appeler son compagnon « maître » et répondre à chacune de ses envies. Avant toute sortie, parfois même juste pour aller aux toilettes, elle doit lui demander l'autorisation. Il la contraint à boire son urine, la prive de sommeil. Les pratiques sexuelles sont toujours plus violentes, notamment avec des cutters, ou extrêmes. Des pratiques scatophiles et zoophiles lui sont imposées, y compris pendant sa grossesse.
Prostitution forcée et humiliation
Guillaume B. la force également à se prostituer. Laetitia R. se retrouve livrée « gratuitement » à des dizaines d'hommes, parfois avec interdiction d'utiliser un préservatif, tandis que son compagnon écoute la scène via son téléphone. Comble de l'humiliation, elle doit se faire tatouer une insulte sexiste particulièrement dégradante sur le bas-ventre. La tatoueuse hésite, lui demande son accord plusieurs fois. « Je savais que si je ne repartais pas sans, j'allais prendre cher », raconte la quadragénaire. Et de confier durant la procédure : « J'étais juste vide, j'attendais de mourir. »
Une plainte déposée en 2022
En 2020, elle décide de déménager pour « protéger ses enfants », quatre filles dont trois de précédentes unions. Mais la relation se poursuit. Laetitia R., qui affirme qu'elle était « sous emprise » de son compagnon, décrit Guillaume B. comme un « manipulateur », « écrasant », qui la fait chanter, notamment via des photos et vidéos compromettantes.
En avril 2022, un ultime palier est franchi. Elle accuse son compagnon, venu passer la nuit chez elle, d'avoir tenté de l'étrangler durant son sommeil. Elle se confie alors à une amie qui décide de prévenir les autorités. La machine judiciaire se lance : Laetitia R. porte finalement plainte en juin 2022.
Des séquelles lourdes
Depuis, elle garde de lourdes séquelles physiques et mentales : incontinence, maladie de Crohn, syndrome post-traumatique complet. « Les dégâts qu'ont causés les faits sont incommensurables », souligne son avocat. Impossible pour la mère de famille, qui avait déjà vécu plusieurs viols durant son enfance, de travailler ou même de mener une vie normale pour l'instant. « Elle se reconstruit, elle reste solide », ajoute-t-il cependant.
La défense de l'accusé
Guillaume B., placé en détention provisoire, nie toutes les accusations. Cet ancien directeur de banque assure que ces pratiques extrêmes étaient des jeux sexuels consentis et des « fantasmes » partagés dans le cadre d'une relation « maître-esclave », reposant sur la confiance. Pourtant, de nombreux messages entre le couple illustrent le mal-être de Laetitia R., qui plaide pour une relation « classique ».
Guillaume B., qui encourt trente ans de réclusion criminelle, dénonce un détournement de la vérité dans le cadre d'une « vengeance » liée à leur rupture. Au cours de la procédure, un expert a toutefois pointé sa « froideur », son « absence de remords » et son « détachement affectif », considérant l'autre comme « un objet sexuel ». L'une de ses ex-compagnes a également témoigné de la personnalité violente et autoritaire de ce père de trois enfants (dont un avec la partie civile).
Contactés par 20 Minutes, ses avocats n'ont pas souhaité s'exprimer avant le début de l'audience. Le verdict est attendu vendredi.



