Démission de Jack Lang après treize années à l'Institut du monde arabe
Après avoir dirigé l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris pendant treize années, Jack Lang a officiellement proposé sa démission ce samedi 7 février. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a immédiatement pris acte de cette décision et a annoncé le lancement rapide d'une procédure pour désigner un successeur.
« Je convoque un conseil d'administration sous sept jours qui désignera un ou une présidente par intérim », a déclaré le ministre, soulignant la nécessité d'une transition organisée à la tête de cette institution culturelle majeure.
Une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée
Cette démission survient dans un contexte judiciaire tendu. Jack Lang, ancien ministre de la Culture âgé de 86 ans, et sa fille Caroline Lang font l'objet d'une enquête préliminaire menée par le Parquet national financier (PNF). Les investigations portent sur des soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée.
L'enquête a été ouverte à la suite des dernières révélations du ministère de la Justice américain concernant les liens financiers présumés entre les Lang et le pédocriminel Jeffrey Epstein. Malgré ces accusations, Jack Lang maintient fermement son innocence.
« Les accusations portées à mon encontre étaient infondées […] Et je le démontrerai », a-t-il affirmé à l'AFP, tout en assurant avoir reçu un soutien massif via « des milliers de messages venant des pays arabes, de France et d'ailleurs ».
Des relations étroites avec Jeffrey Epstein sur sept ans
Les documents judiciaires américains relatifs à l'affaire Epstein mentionnent le nom de Jack Lang à 673 reprises, bien qu'aucune charge formelle ne pèse actuellement contre lui. L'ancien ministre a reconnu une relation avec Epstein étalée sur sept ans, de 2012 à 2019, mais nie avoir eu connaissance de ses activités criminelles.
« Je ne le savais pas, je n'ai pas l'œil tourné vers les jurisprudences américaines. Quand je rencontre quelqu'un, je ne demande pas son casier judiciaire », a-t-il expliqué. Il a également décrit Epstein comme « un homme cultivé, passionné d'art, de culture », affirmant n'avoir vu « aucun » signe de son penchant pour les mineurs.
Les échanges entre les deux hommes, révélés par Le Point en novembre dernier, incluent des demandes de financement. Jack Lang aurait sollicité un don de 57 897 dollars pour permettre à Serge Moati de réaliser un documentaire hagiographique sur Epstein. « Solliciter un mécène n'est pas un délit », a-t-il rétorqué. Il lui aurait aussi conseillé d'investir dans un riad au Maroc valant 5 millions d'euros.
Caroline Lang également impliquée dans l'affaire
Caroline Lang, fille de Jack Lang, est également concernée par cette enquête. Elle a récemment quitté son poste de directrice générale du Syndicat des producteurs indépendants. Elle affirme avoir rencontré Jeffrey Epstein en 2012 par l'intermédiaire de Woody Allen.
Selon les informations disponibles :
- Epstein lui aurait proposé de payer des leçons de natation.
- Il lui aurait effectué deux virements de 50 000 euros en décembre 2013.
- Elle aurait cofondé avec lui la société offshore Prytanee LLC, destinée à l'achat d'œuvres d'art.
- Epstein lui a légué 5 millions de dollars dans son testament, somme qu'elle n'a pas touchée car la succession est bloquée pour indemniser les victimes.
Cette affaire continue de susciter de vives réactions dans les milieux politiques et culturels français, alors que la procédure de remplacement à la tête de l'IMA est désormais engagée.