À la prison de Luynes, près d’Aix-en-Provence, une ancienne surveillante pénitentiaire raconte comment un détenu a profité de ses difficultés financières pour la corrompre. Son témoignage, recueilli par la cellule investigation de Radio France, intervient six mois après sa condamnation pour avoir introduit du cannabis en détention.
Un prêt de 1000 euros en cash
Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, l’ancienne surveillante a accepté l’an dernier un prêt de 1 000 euros en espèces proposé par un détenu avant d’introduire du cannabis dans l’établissement. Condamnée en janvier, elle revient aujourd’hui sur l’engrenage qui l’a conduit à commettre ces faits.
La jeune femme explique avoir traversé une période financière difficile et s’être senti isolée au sein de l’établissement pénitentiaire. Un détenu, chargé notamment de distribuer les repas, aurait progressivement gagné sa confiance avant de lui proposer un prêt en échange de l’introduction de drogue en prison. "Il m’a prêté 1 000 euros en cash", confie-t-elle. Quelques jours plus tard, elle dissimule plusieurs morceaux de cannabis dans ses vêtements et les remet au détenu.
Une corruption loin d’être isolée
Le 9 janvier dernier, le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence l’a condamnée à trois ans de prison, dont deux ans ferme aménagés sous bracelet électronique, ainsi qu’à une interdiction d’exercer dans l’administration pénitentiaire pendant cinq ans. D’après Radio France, cette affaire illustre un phénomène plus large. En 2024, près de 2 100 téléphones portables ont été saisis lors de fouilles à la prison de Luynes. Selon le procureur de la ville, ces introductions de téléphones ou de stupéfiants permettent aux réseaux de narcotrafic de poursuivre leurs activités depuis la détention grâce à des complicités rémunérées.
Un engrenage difficile à briser
L’ancienne surveillante confie qu’elle "ne pouvait plus faire marche arrière" une fois le prêt accepté. Ce cas s’ajoute à une série d’incidents similaires dans les prisons françaises, où les détenus utilisent des moyens de pression financière ou psychologique pour corrompre le personnel pénitentiaire. Les autorités appellent à renforcer les contrôles et la vigilance au sein des établissements.



