Un député du Rassemblement national (RN) est dans le viseur de la justice pour avoir perçu, durant deux ans, son salaire de policier municipal en parallèle de son indemnité parlementaire. Les faits, révélés par le Canard enchaîné, concernent le député de la 16e circonscription du Pas-de-Calais, Auguste Evrard.
Un cumul interdit par la loi
Selon les informations du journal satirique, l'élu aurait continué à toucher son traitement de fonctionnaire territorial après son élection à l'Assemblée nationale en juin 2022. Or, le code général de la fonction publique interdit à un fonctionnaire de cumuler son salaire avec une indemnité parlementaire. La loi prévoit que l'élu doit être placé en position de détachement ou de disponibilité, ce qui n'aurait pas été le cas.
Des sommes importantes en jeu
Le montant total perçu indûment serait d'environ 80 000 euros, correspondant à deux années de salaire de policier municipal. Le député aurait également continué à cotiser pour sa retraite auprès de la caisse des agents des collectivités locales, ce qui pourrait constituer une fraude supplémentaire.
Interrogé par Libération, Auguste Evrard a reconnu une "erreur administrative" et assure avoir remboursé les sommes perçues depuis le début de son mandat. "J'ai été mal conseillé par les services de la mairie qui m'employait", a-t-il déclaré. Il précise avoir saisi la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour régulariser sa situation.
Des précédents au RN
Ce n'est pas la première fois qu'un élu RN est épinglé pour des cumuls irréguliers. En 2023, un autre député du parti, également ancien policier, avait été condamné pour des faits similaires. Le RN, qui fait de la lutte contre les privilèges un de ses chevaux de bataille, se retrouve ainsi mis en cause par ses propres membres.
L'affaire pourrait avoir des conséquences politiques pour Auguste Evrard, qui brigue un nouveau mandat aux prochaines élections législatives. Ses adversaires locaux n'ont pas manqué de dénoncer un "manque de probité" et un "scandale".
La HATVP, saisie du dossier, devrait se prononcer dans les prochaines semaines sur la légalité de la situation. En attendant, le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête préliminaire pour "prise illégale d'intérêts" et "détournement de fonds publics".



