Procès des CRS : six à vingt mois de prison requis pour violences contre des gilets jaunes
CRS : peines de prison requises pour violences contre gilets jaunes

Des peines de prison requises contre neuf CRS pour violences lors des manifestations des gilets jaunes

Le tribunal correctionnel de Paris a entendu jeudi 12 février les réquisitions du parquet dans le procès de neuf CRS jugés pour violences volontaires aggravées. La procureure Manon Dubarry a requis des peines allant de six à vingt mois d'emprisonnement, toutes assorties du sursis, contre ces policiers de la CRS 43 de Chalon-sur-Saône.

Un épisode filmé sous tous les angles

Les faits remontent au 1er décembre 2018, lors du troisième samedi de mobilisation des gilets jaunes. Ce jour-là, des manifestants avaient trouvé refuge dans un Burger King près de la place de l'Étoile à Paris. Les neuf CRS sont accusés d'être entrés dans l'établissement et d'avoir matraqué et frappé à coups de pied ces personnes sans sommation préalable, alors qu'elles n'opposaient aucune résistance.

L'épisode, d'une durée de deux minutes trente-sept secondes, a été intégralement filmé sous différents angles par des manifestants, des journalistes et les caméras de vidéosurveillance. « Toute la séquence est filmée, c'est rare et précieux, car cela empêche de réécrire l'histoire », a souligné la procureure lors de son réquisitoire.

Des victimes nombreuses et des circonstances aggravantes

Quatre personnes frappées à coups de matraque ou de pied se sont constituées parties civiles dans cette affaire. Les enquêteurs ont également identifié seize victimes supplémentaires qui ne se sont pas manifestées auprès de la justice. Les policiers comparaissent pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes, notamment la préméditation et l'utilisation d'armes par destination.

Dans son intervention, la procureure Manon Dubarry a rappelé les principes fondamentaux du droit : « Le désordre ne suspend jamais le droit, le droit n'est pas un luxe réservé aux jours calmes, le droit est précisément ce qui doit tenir quand tout bascule ». Elle a estimé que ce dossier incarnait « le moment précis où l'usage de la force a cessé d'être nécessaire et proportionné ».

Un jugement attendu sur la responsabilité des forces de l'ordre

La magistrate a reconnu la difficulté de la mission des CRS ce jour-là, tout en insistant sur leurs responsabilités professionnelles : « Plus la situation est chaotique, plus la maîtrise est exigée, parce que ce sont des professionnels entraînés et aguerris ». Elle a ajouté que « la force ne peut avoir pour finalité de punir, d'humilier, de compenser une journée difficile ».

Le jugement dans cette affaire emblématique des violences policières lors du mouvement des gilets jaunes est attendu pour le 17 mars. Ce procès intervient dans un contexte plus large de réflexion sur les méthodes d'intervention des forces de l'ordre lors des manifestations.