30 mai 1814 : comment Monaco a retrouvé son indépendance
30 mai 1814 : Monaco retrouve son indépendance

Le 4 avril 1814, Napoléon abdiqua. La retraite de Russie et la campagne de France en furent les causes. Louis XVIII fut replacé sur le trône de France. L'alliance formée par l'Angleterre, le Portugal, la Russie, la Suède, la Prusse et l'Autriche décida de redessiner les frontières de l'Europe. Mais à Monaco, on s'inquiétait. Depuis 21 ans, la Principauté avait disparu des registres du monde. Absorbée par la France, incluse dans les Alpes-Maritimes, elle n'était plus qu'un nom oublié. Le Rocher, privé de ses princes, semblait un vieux navire échoué dans un port désert. L'hiver avait été terrible ; les vivres manquaient, la côte étouffait à cause du blocus, la misère s'était installée. On parlait de rendre le comté de Nice au roi de Piémont-Sardaigne et beaucoup craignaient que l'ex-Principauté de Monaco ne soit engloutie.

Une lettre au roi

Le prince Honoré IV, malade et usé par les années d'exil, n'était plus en état de défendre sa couronne. Alors deux autres acteurs apparurent : son frère Joseph, ancien chambellan de l'impératrice Joséphine, homme de salons et de corridors diplomatiques ; et son fils Honoré, premier écuyer de l'impératrice, jeune encore, ardent, impatient. Le 14 avril 1814, ils écrivirent au roi Louis XVIII : « Sire, dans ce moment glorieux et brillant où tout se régénère en Europe et où, vraisemblablement, un traité de paix générale va réintégrer chaque souverain dans ses possessions, puissiez-vous avoir l'extrême bonté de faire rentrer la Principauté dans ses droits et propriétés et de daigner reprendre la Principauté de Monaco sous votre puissante protection. »

Le « Diable boiteux »

Pendant ce temps, Paris recommençait à bruire de carrosses, de bottes et de diplomates. Le 9 mai, les grandes puissances s'y réunirent autour du redoutable Talleyrand, dit le « Diable boiteux ». Les Anglais, les Russes, les Autrichiens (représentés par Metternich), les Prussiens discutaient royaumes et frontières. Mais Monaco n'était qu'un point minuscule sur leurs cartes immenses. Les premiers pourparlers ne laissaient filtrer aucun espoir. Joseph Grimaldi exprima son inquiétude dans une lettre : « Le sort de la principauté de Monaco est encore inconnu et malgré nos vives déclarations, nous ignorons encore le résultat du congrès à notre égard. » Puis, le 17 mai, un commissaire autrichien arriva sur le Rocher escorté d'une troupe de hussards, bien décidé à occuper la place.

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Gouvernement autoproclamé

Pourtant, Monaco refusait de mourir. Un gouvernement autoproclamé se constitua autour de Louis de Millo-Terrazzani. Le buste d'Honoré III fut réinstallé à la mairie à la place de celui de Napoléon. Le maire Antoine Sigaldi envoya un message de cordialité au roi Louis XVIII. La population exprima dans une pétition « le vœu le plus sincère et le plus ardent d'être bientôt gouvernés par le prince héréditaire Honoré-Gabriel Grimaldi, duc de Valentinois sous l'auguste protection de Sa Majesté Louis XVIII ». Joseph Grimaldi multipliait les démarches auprès de Talleyrand. Le jeune Honoré, moins diplomate, poursuivait Talleyrand dans les couloirs pour lui rappeler l'existence de Monaco.

La princesse de Courlande

L'historien Philippe Delorme attribue un rôle à Madame de Dino, princesse de Courlande, mariée au neveu de Talleyrand et amie des Grimaldi. Alexandre Dumas a imaginé un entretien entre elle et Talleyrand : « Mon cher prince, lui dit-elle un jour, est-ce que vous ne ferez rien pour ce pauvre Monaco ? — Ah ! si fait, répondit le prince, avec le plus grand plaisir. Ce pauvre Monaco ! Vous avez bien fait de m'y faire penser, chère amie ! Je l'avais oublié. » Et Talleyrand prit l'acte du congrès et ajouta : « Et le prince de Monaco rentrera dans ses États. »

Le Traité de Paris

Le 30 mai 1814, le Traité de Paris fut signé. Le nom de Monaco n'y figurait pas, mais une formule allait tout changer : « La France conserve ses frontières telles qu'elles existaient au 1er janvier 1792. » Cela entraînait que Monaco cessait d'appartenir au territoire français et retrouvait son autonomie.

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Second Traité de Paris

Napoléon revint de l'île d'Elbe. Les Cent-Jours bouleversèrent l'Europe. Puis arrivèrent Waterloo et la seconde abdication. Un second Traité de Paris fut signé le 20 novembre 1815. Cette fois, la Principauté de Monaco fut restituée dans son intégrité, avec son prince à sa tête, et placée sous la protection du roi de Sardaigne. La Principauté était restaurée.