Neuf CRS jugés pour des violences dans un Burger King pendant les gilets jaunes
Neuf CRS de la compagnie 43 basée à Chalon-sur-Saône ont comparu ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont accusés de violences volontaires avec circonstances aggravantes pour avoir frappé des manifestants dans un Burger King lors de l'acte 3 des gilets jaunes en décembre 2018. Les fonctionnaires encourent jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende.
Des gestes reconnus comme inadaptés avec le recul
Interrogés par le président de la dixième chambre correctionnelle, les CRS ont admis que leurs actions n'étaient pas adaptées. Cyrille D., le premier à témoigner, a déclaré : "Aujourd'hui je dirais que non. Je peux le dire avec la lucidité que j'ai aujourd'hui et en regardant ces vidéos." Il a expliqué avoir été dans un "effet tunnel" qui l'a empêché d'analyser la situation avec discernement.
Un contexte de peur et d'épuisement après treize heures de service
Les prévenus ont invoqué la fatigue et la peur après une journée de service de treize heures. Cyrille D. a souligné : "En 25 ans de CRS, j'ai eu peur deux fois pour ma vie. La première fois c'était pendant les émeutes en 2007, et ce 1er décembre 2018, j'ai revécu cette peur." Les CRS étaient en service depuis 6h30 du matin et ont fait face à des affrontements intenses dès le début de la journée.
Anthony C., un autre prévenu, a ajouté : "On n'aurait jamais dû faire une journée aussi longue. En temps normal, une intervention comme ça, ça dure trois heures, quatre heures." Il a exprimé son ressentiment envers la hiérarchie parisienne, affirmant qu'ils n'avaient jamais été relevés.
L'épisode filmé sous différents angles
L'incident, qui a duré seulement 2 minutes et 37 secondes, a été capturé par des manifestants, des journalistes et des caméras de vidéosurveillance. Les vidéos ont été diffusées au tribunal. Elles montrent les CRS frappant des manifestants qui s'étaient réfugiés dans le Burger King près de la place de l'Etoile, sans sommation et sans leur laisser le temps d'évacuer.
Les CRS ont justifié leur intervention en soupçonnant les occupants de préparer un pillage. Cyrille D. a plaidé : "Un Burger King c'est souvent une cible privilégiée des black blocs. Les apparences étaient un peu contre nous." Cependant, les manifestants n'opposaient aucune résistance selon les éléments du dossier.
Un procès qui soulève des questions sur les conditions de service
Le procès, qui doit durer trois jours, met en lumière les conditions difficiles des forces de l'ordre pendant les manifestations des gilets jaunes. Les CRS ont été contraints d'enlever leurs insignes en début d'audience, à la demande des parties civiles qui ont rappelé les dispositions réglementaires interdisant aux fonctionnaires de police de comparaître en tenue.
Le président du tribunal a rétorqué aux prévenus : "On attend de vous une lucidité parfaite, parce que vous êtes armé." En réponse, les CRS ont insisté sur leur désir de mettre fin à la journée avec le moins de blessés possible. Cyrille D. a conclu : "Je n'avais qu'une envie : que cette journée se termine, et de rentrer chez nous avec le moins de blessés possible."