Le tribunal administratif de Nîmes a rejeté, ce jeudi 18 juin 2026, la requête en référé du journaliste indépendant Thomas Dietrich, qui demandait la communication des permis de construire de la villa du président guinéen Mamadi Doumbouya, en construction aux Mages, dans le Gard. La juridiction a estimé qu'il n'y avait pas d'urgence et que le journaliste ne justifiait pas d'un intérêt à agir pour contester la légalité des permis.
Un chantier pharaonique dans la campagne cévenole
Depuis plusieurs mois, le chantier du président guinéen Mamadi Doumbouya intrigue dans le petit village des Mages, en plein cœur des Cévennes. Un vieux mas en pierre est en cours de rénovation, accompagné de constructions modernes aux toits plats. Seule une grue dépasse des murs d'enceinte, rendant tout aperçu impossible. Un professionnel du bâtiment témoigne : « Vous avez vu la hauteur de ces murs d'enceinte ? C'est assez incongru dans ce paysage. C'est franchement vilain dans le panorama. Je ne sais pas combien les murs font de hauteur, mais c'est bizarre que ça ait été accepté. » Selon un constat d'huissier du 5 février 2026, aucun affichage réglementaire n'est présent sur le chantier.
Le maire sous pression invoque la sécurité
Le maire des Mages, Alain Giovinazzo, assure que « tout est conforme au règlement d'urbanisme de la commune ». Il justifie le refus de communiquer les permis de construire par des considérations de sécurité : « C'est normal lorsqu'il s'agit d'un chef d'État. Il y a des notions de sécurité à prendre en compte. » Il invoque également des directives orales de la préfecture, qui nuance : « Contactés par le maire, nous lui avons simplement envoyé les textes de loi de référence pour qu'il puisse répondre. »
Un journaliste saisit la CADA puis le tribunal
En décembre 2025, Thomas Dietrich, journaliste indépendant spécialiste de l'Afrique, demande à consulter les documents d'urbanisme en mairie. Devant le refus, il saisit la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Celle-ci rappelle que « le droit à la communication s'applique à tous les dossiers soumis au maire » et que « sont communicables le nom et l'adresse de l'architecte, l'objet du permis de construire, la date d'autorisation et la déclaration d'ouverture du chantier ». La mairie finit par transmettre quelques documents, mais ceux-ci sont quasiment illisibles, la plupart des informations ayant été effacées. On y apprend seulement qu'une piscine, des extensions et des surélévations sont prévues, mais rien sur une éventuelle pièce sécurisée en sous-sol, évoquée par certaines sources.
Le journaliste assigne alors la commune devant le tribunal administratif de Nîmes en référé, procédure d'urgence. À l'audience du 17 juin, il s'interroge : « En théorie, le droit s'applique à tous. Alors pourquoi l'administration crée-t-elle un droit dérogatoire ? » Le maire maintient son refus, arguant que la divulgation pourrait nuire « à la conduite de la politique extérieure de la France en Guinée et à la sûreté de l'État, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ».
Le tribunal rejette la requête, une audience au fond dans 12 à 18 mois
Dans son ordonnance, le tribunal administratif de Nîmes estime « qu'il n'y a pas urgence à communiquer les documents sollicités » et que le journaliste, qui ne réside pas dans la commune, « n'a pas d'intérêt à agir pour contester la légalité des permis de construire ». Une nouvelle audience au fond est prévue dans un délai de douze à dix-huit mois, soit après l'achèvement probable du chantier. Le président Mamadi Doumbouya doit être reçu à Paris par Emmanuel Macron en septembre 2026.
Un président guinéen marié à une Cévenole
Mamadi Doumbouya, président de la Guinée depuis le coup d'État du 5 septembre 2021, est marié à Lauriane Darboux-Doumbouya, ancienne sous-officier de gendarmerie née à Alès. Le couple a déposé un premier permis de construire le 24 septembre 2021, obtenu par autorisation tacite le 27 décembre 2021. Un second permis a été accordé en novembre 2024. Le chantier, suivi en interne, aurait pris du retard en raison de demandes de modifications. Le journaliste Thomas Dietrich, qui avait réalisé une vidéo vue près de 2 millions de fois, avait été refoulé du chantier par des gardes guinéens, puis intercepté par les gendarmes français.



