Un nouveau procès pour la mort de la gendarme Mélanie Lemée
Condamné à trente ans de réclusion criminelle en première instance, Yassine El Azizi, un Tonneinquais de 32 ans, a fait appel de sa condamnation. Il comparaîtra du 1er au 10 juin devant la cour d'assises du Gers, à Auch. Lors de son premier procès en juin 2025 devant la cour d'assises de Lot-et-Garonne, il avait déclaré : « Je ne suis pas un meurtrier. Point. » Malgré cette affirmation, l'avocat général Pierre Sennes avait requis trente ans de réclusion, affirmant : « Vous êtes un tueur. Vous avez jeté votre voiture sur la partie de la chaussée alors que les gendarmes étaient là. Mélanie Lemée vous a regardé, de face, vous, l'homme qui allait lui ôter la vie. »
Les faits jugés en appel
Yassine El Azizi est accusé de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner de la gendarme Mélanie Lemée, dans l'exercice de ses fonctions. Il doit également répondre de transport et détention de stupéfiants, refus d'obtempérer, conduite sans permis et sous l'empire du cannabis et de la cocaïne, le tout en état de récidive légale. Les faits remontent au 4 juillet 2020, à Port-Sainte-Marie, où la jeune gendarme avait été percutée lors d'un barrage routier alors que le chauffard tentait de semer les forces de l'ordre.
La défense conteste l'intentionnalité
Pour la défense, représentée par Mes Édouard Martial et Victor Casellas, l'enjeu est d'interroger l'intentionnalité des violences. Comme lors du premier procès, ils soutiennent que leur client n'avait pas l'intention de tuer. Me Victor Casellas a déclaré : « Y a-t-il volonté de percuter ? Vous avez les éléments de réponse. Les gendarmes, tout comme le collège d'experts, disent que lorsque le conducteur tourne à gauche, c'est pour éviter les herses. Et peut-être pour éviter madame Lemée. » Selon lui, la place de son client serait devant un tribunal correctionnel pour homicide involontaire aggravé, et non devant une cour d'assises.
Le déroulement de la course-poursuite
Au volant d'une Clio de location, Yassine El Azizi avait quitté son domicile la veille des faits pour se rendre au Cap d'Agde (Hérault) pour une transaction de stupéfiants. Après avoir acquis et consommé de la drogue, et avec peu d'heures de sommeil, il avait repris la route pour rentrer chez lui, à 360 kilomètres. À hauteur de Colayrac-Saint-Cirq, la vue d'une voiture de gendarmerie avait déclenché sa fuite effrénée, jusqu'à percuter Mélanie Lemée sur le barrage de Port-Sainte-Marie. La course-poursuite a été immortalisée par les images de la voiture des militaires, visionnées à deux reprises par les jurés lot-et-garonnais. Après le choc, Yassine El Azizi avait tenté de fuir à pied, se débarrassant de 160 grammes de cocaïne.
Le respect du protocole en question
L'adjudant-chef, collègue de la gendarme décédée et seul témoin des derniers instants de Mélanie, est également partie civile. Il a assuré avoir respecté le protocole d'utilisation des Stop Sticks (herses compactes à déploiement rapide) en dépit de l'urgence de la situation. La défense conteste ce point, suggérant que la manœuvre du conducteur pour éviter les herses pourrait avoir involontairement causé la mort.
Verdict attendu
Selon l'avancement des débats, le verdict pourrait intervenir dès le lundi 8 juin. La famille de Mélanie Lemée, présente lors du premier procès avec des photos de leur fille, attend une nouvelle fois justice.



