Un adieu chargé d'émotion
Si cela n'avait tenu qu'à lui, ce moment n'aurait pas existé, ou du moins pas avant de longues années. « Je n'ai pas envie de dire au revoir », a-t-il instinctivement lâché sur le court, la voix légèrement enrouée. Mais Stan Wawrinka a 41 ans, et il reste un être humain. Il a donc dû se rendre à l'évidence. Le Suisse a fait ses adieux à Roland-Garros ce lundi, après une défaite au premier tour face à Jesper De Jong. Un ultime lob du Néerlandais a scellé 20 ans d'amour entre « Stan the man » et la terre battue parisienne, où il a livré son plus grand chef-d'œuvre en carrière.
Un short à carreaux entré dans la légende
À Roland-Garros, un an plus tôt, c'était déjà contre Novak Djokovic que le Suisse avait affiché un niveau de jeu stratosphérique. En face, c'était le Nole prime, avec 28 victoires d'affilée sur le circuit et habité par la quête d'un premier succès Porte d'Auteuil. Mais le numéro 1 mondial d'alors était tombé sous les 60 coups gagnants de Wawrinka, dont une série de revers ahurissants. Le short à carreaux qu'il portait cette année-là, devenu un objet culte, trône aujourd'hui au musée du tournoi.
Pour cette dernière tournée, le Vaudois avait fait ajouter le même motif au niveau du col de sa tenue, un clin d'œil à ce tournoi qui a nourri ses rêves d'enfant. « Cet au revoir est le plus spécial dans cette dernière année, et pas seulement parce que je l'ai gagné. J'ai grandi en regardant Roland, je me vois encore revenir de l'école et mettre la télé pour voir les matchs. J'adorais tellement ça. » Cette passion ne l'a jamais quitté, le poussant à poursuivre malgré le poids des années et les difficultés.
Des blessures mais une détermination sans faille
Depuis 2017, le Suisse est gêné par des blessures au genou, au pied ou au poignet, dont certaines ont nécessité des interventions chirurgicales. Beaucoup auraient abandonné, mais pas lui. Malgré un palmarès XXL, avec trois Grands Chelems remportés dans l'ère la plus dense de l'histoire du tennis, il est repassé par les challengers pour retrouver un classement décent et continuer sa route. Aujourd'hui, il s'est fait une raison : « J'ai eu une chance énorme. On n'a jamais envie de partir quand on aime ce qu'on fait, jouer, voyager, rencontrer des gens. Mais je sais que c'est le bon choix. J'aurais aimé continuer, mais c'est bien la fin. »
Un public conquis et une sincérité touchante
Si le match ne s'est pas bien passé, Wawrinka a pu mesurer l'affection immense du public parisien. L'ambiance sur le Simonne-Mathieu a été fabuleuse, les fans le considérant presque comme un joueur français. « Je suis toujours surpris de tout ce soutien. Même si j'ai toujours eu un bon feeling ici, c'est en 2014-2015 que j'ai vraiment réussi à connecter avec le public français. Moi avec lui, et lui avec moi. Toutes les années ont été exceptionnelles. Quand je vois le soutien aujourd'hui, je me sens à la maison. » Le Suisse ne dit pas cela pour la galerie. Que ce soit juste après son match ou lors de sa conférence de presse, il a été sincère, comme à son habitude.
Une amitié indéfectible avec Gaël Monfils
La vidéo diffusée lors de son hommage, préparée par l'organisation, a montré des messages de Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Carlos Alcaraz ou Jannik Sinner, tous soulignant sa personnalité attachante. Wawrinka a prouvé qu'on peut rester 20 ans sur le circuit sans se faire d'ennemi. Son grand ami Gaël Monfils est également apparu dans la vidéo. « L'amitié, pour moi, ça ne s'explique pas. Elle se fait naturellement. Ensemble, on n'avait pas besoin de jouer un rôle, on se sentait juste bien. » Avant de quitter la scène, il a lancé au public : « N'oubliez pas de mettre le feu pour Gaël aussi ! » Classe jusqu'au bout.



