La cour d'appel de Paris doit se prononcer ce mardi sur une éventuelle réouverture des investigations visant le cinéaste Luc Besson, accusé de viol par l'actrice Sand Van Roy. Cette affaire emblématique du mouvement #MeToo s'était close par un non-lieu en décembre 2021, confirmé en mai 2022 par la cour d'appel, puis en juin 2023 par la Cour de cassation.
Un élément nouveau : l'ADN retrouvé sur un sous-vêtement
Dans ses réquisitions écrites rendues en février, le parquet général a estimé que des analyses ADN réalisées sur un sous-vêtement de la plaignante par un laboratoire néerlandais constituent un « élément nouveau susceptible de caractériser des charges nouvelles […] justifiant la réouverture de l'information en vue de nouvelles investigations. »
Lors de l'audience à huis clos du 2 juin, la procureure s'est toutefois « interrogée sur la question de la définition de charge nouvelle », s'en remettant à la cour pour trancher, selon une source proche du dossier. Contacté, l'avocat de Sand Van Roy, Me Antoine Gitton, n'a pas souhaité commenter.
La défense de Sand Van Roy dénonce un « fait matériel capital ignoré »
Dans sa requête écrite, citée par le parquet général, le conseil de l'actrice a fait valoir que « l'ADN du mis en cause a été formellement retrouvé sur la partie postérieure » du sous-vêtement porté par sa cliente le soir des faits qu'elle dénonce. Il a regretté que ce sous-vêtement n'ait « jamais été expertisé de manière adéquate au cours de l'enquête », qualifiant cela d'« un fait matériel capital ignoré ».
Au moment de la requête, ces éléments n'avaient pas été soumis à la partie adverse. La défense de Luc Besson n'a pas souhaité commenter. Son avocat, Thierry Marembert, avait indiqué à la mi-mai ne vouloir « faire aucun commentaire » dans l'attente de la décision de la chambre de l'instruction. Il a toutefois rappelé le parcours procédural : classement sans suite en février 2019, non-lieu en décembre 2021, confirmé par la cour d'appel de Paris en mai 2022, puis par la Cour de cassation en juin 2023.
Des accusations multiples et des versions contradictoires
L'actrice belgo-néerlandaise avait déposé une plainte pour viol le 18 mai 2018, quelques heures après un rendez-vous dans un palace parisien. Les protagonistes donnent deux versions différentes : Sand Van Roy affirme que le cinéaste lui a imposé une pénétration digitale, provoquant un évanouissement, malgré ses injonctions à arrêter. Elle estime que sa version est accréditée par des constatations médicales effectuées le jour même aux urgences médico-judiciaires.
Deux mois après sa plainte initiale, l'actrice a déposé une plainte pour d'autres viols et agressions sexuelles commis, selon elle, entre 2016 et 2018, dénonçant une « relation d'emprise professionnelle » sous menaces de « rétorsion sur sa carrière d'actrice ». Luc Besson a de son côté regretté une relation extra-conjugale dans un contexte de « subordination », alors que l'actrice avait tourné dans certains de ses films, mais il a relaté un rapport consenti empreint de « douceur ».



