Quelque 88.000 plaintes pour violences sexuelles contre les enfants sont actuellement réexaminées par les services d'enquête, un chiffre en hausse par rapport aux 70.000 initialement annoncés après le meurtre de Lyhanna, a indiqué Gérald Darmanin dans un entretien au Monde publié mardi. Le garde des Sceaux a précisé que « on est passé de 70.000 à 88.000 plaintes concernant les enfants », dont « 7.452 concernent des crimes […] dont on connaît l'auteur présumé ».
Un réexamen en cours et un point d'étape prévu
Ce réexamen permettra de « faire le point » sur ces procédures le 14 juillet, a ajouté Gérald Darmanin. Le ministre est sous pression depuis la mort de l'adolescente Lyhanna, avec des appels à la démission venus des oppositions et une fronde des magistrats, qui l'accusent d'en avoir fait des boucs émissaires et de ne pas leur donner les moyens suffisants pour agir efficacement.
Une prise de conscience insuffisante pour les enfants
S'il y a eu « une prise de conscience extrêmement importante de l'ensemble de la chaîne pénale » sur les violences faites aux femmes, cela n'a « pas totalement » été le cas pour les enfants, a concédé Gérald Darmanin. Il a reconnu un manque « structurel de moyens » dans son ministère, mais a également souligné des « erreurs individuelles », comme le montre l'inspection sur les dysfonctionnements dans le suivi du meurtrier présumé de Lyhanna, jamais entendu ni même convoqué alors qu'il était visé par plusieurs plaintes pour viols sur mineurs.
La confiance des magistrats en question
Au moment où le garde des Sceaux a « perdu la confiance des magistrats » selon leur principal syndicat (USM), Gérald Darmanin minimise cette crise : « Ce n'est pas la première fois qu'il y a des discordes » entre ministre et syndicats. Il a relevé que la confiance entre les magistrats et les citoyens existait « malheureusement de moins en moins ». En décidant du retrait d'habilitation d'une magistrate du parquet d'Auch sans attendre le rapport d'enquête administrative attendu pour la fin de l'été, « j'ai simplement fait mon travail de chef d'administration », a justifié le ministre, qui se dit conscient que les magistrats « sont très touchés par les critiques, parfois justes, parfois injustes ».
Le projet de loi sur la justice criminelle
Le ministre défend à partir de mardi à l'Assemblée nationale son projet de loi sur la justice criminelle, rejeté en commission. Notamment destiné à désengorger les tribunaux, le texte, très contesté par les avocats, a déjà été amputé de sa mesure emblématique, le plaider-coupable criminel. Mais il prévoit de « développer les cours criminelles départementales, dont l'activité principale est de juger les affaires de viols », avec la création de soixante de ces instances en France, selon Gérald Darmanin.



