Dans un rapport publié ce mercredi 1er juillet, le Défenseur des droits épingle les graves dysfonctionnements de l'aide à domicile pour les personnes handicapées. Selon l'institution, ces carences constituent un frein majeur à l'autonomie des concernés, alors que près de 12 millions de Français vivent avec un handicap.
Un système sous tension
Le rapport, intitulé « Aide à domicile : un droit fragilisé pour les personnes handicapées », pointe du doigt une série de problèmes récurrents : manque de personnel, turn-over important, absence de coordination entre les différents intervenants, et inadaptation des plannings. « Les personnes handicapées se retrouvent souvent sans solution, ou avec des interventions partielles qui ne répondent pas à leurs besoins », explique Claire Hédon, la Défenseure des droits.
L'institution a recueilli de nombreux témoignages de personnes handicapées et de leurs proches. Une mère raconte ainsi que son fils, atteint d'un lourd handicap, n'a bénéficié que de deux heures d'aide par jour au lieu des six prévues, pendant plusieurs mois. Selon le Défenseur des droits, ces situations sont « loin d'être isolées » et touchent toutes les régions.
Des conséquences sur la santé et la vie sociale
Ces dysfonctionnements ont des conséquences directes sur la santé et la vie sociale des personnes handicapées. Le rapport cite l'exemple d'une femme de 45 ans, en fauteuil roulant, qui a dû renoncer à son emploi faute de pouvoir être aidée le matin pour se préparer. « L'absence d'aide à domicile peut conduire à un isolement social, une perte d'autonomie, voire des hospitalisations évitables », souligne le rapport.
Selon une enquête de l'Association des paralysés de France (APF) France Handicap, citée dans le document, 60 % des personnes handicapées interrogées estiment que l'aide à domicile est insuffisante pour leur permettre de vivre chez elles dans des conditions décentes. En outre, 40 % des aidants familiaux déclarent avoir dû réduire leur temps de travail pour pallier les carences du système.
Des recommandations pour améliorer le système
Face à ce constat alarmant, le Défenseur des droits formule plusieurs recommandations. Il préconise notamment de revaloriser les métiers de l'aide à domicile, de mieux former les professionnels, et de simplifier les démarches administratives pour les bénéficiaires. L'institution demande également un renforcement de la coordination entre les services sociaux, les collectivités et les associations.
« Il est urgent de mettre en place un véritable service public de l'aide à domicile, avec des moyens humains et financiers à la hauteur des besoins », insiste Claire Hédon. Le rapport propose aussi la création d'un numéro unique pour faciliter l'accès à l'information et aux droits.
Le gouvernement, de son côté, a annoncé en juin un plan de 200 millions d'euros pour améliorer l'aide à domicile, mais les associations jugent ces mesures insuffisantes. « Ce plan ne répond pas à l'urgence de la situation, qui nécessite une refonte en profondeur du système », estime l'APF France Handicap.
Un enjeu de société
Au-delà des aspects techniques, le Défenseur des droits rappelle que l'aide à domicile est un droit fondamental, inscrit dans la Convention internationale des droits des personnes handicapées, ratifiée par la France en 2010. « Ne pas garantir ce droit, c'est priver des milliers de personnes de leur autonomie et de leur dignité », conclut le rapport.
Alors que le vieillissement de la population et l'augmentation du nombre de personnes handicapées rendent la question de l'aide à domicile de plus en plus cruciale, le Défenseur des droits appelle à une prise de conscience collective. « Il en va de notre modèle de société, qui doit permettre à chacun de vivre chez soi, quel que soit son handicap », affirme Claire Hédon.



