La famille d'un détenu retrouvé mort par suicide le 11 avril à la maison d'arrêt de Béthune (Pas-de-Calais) a déposé une plainte, dénonçant ses conditions de détention, a-t-on appris jeudi auprès du parquet et de la famille.
Des conditions de détention indignes
La plainte, consultée par l'AFP, vise des faits de « conditions de détention indignes » et « manquements graves à la sécurité ». Le détenu de 31 ans, mis en examen pour tentative de meurtre selon le procureur de Béthune Étienne Thieffry, était incarcéré dans une cellule présentant de « graves dysfonctionnements sanitaires », rendant « les conditions d'hygiène inacceptables ». La famille dénonce également une cellule « suroccupée » et un défaut de surveillance.
Une victime collatérale de la surpopulation carcérale
Selon l'avocat de la famille, Me Charly Salkazanov, « plusieurs choses interrogent » dans cette affaire : « Les conditions de détention ont eu un impact sur son état physique et mental. C'est une victime collatérale de la surpopulation carcérale », a-t-il estimé. Par ailleurs, « les faits se seraient passés au quartier disciplinaire où les conditions de détention sont les pires, une sorte d'angle mort de la détention », a-t-il ajouté.
Selon Étienne Thieffry, le détenu était seul dans une cellule du quartier disciplinaire au moment de sa mort, et l'autopsie « n'a pas mis en évidence » l'intervention d'un tiers. Une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte après son décès.
Des travaux à effectuer en urgence
Cette affaire intervient alors que le tribunal administratif de Lille, saisi par l'Observatoire international des prisons (OIP), a enjoint en avril à l'État d'effectuer des travaux en urgence dans cette maison d'arrêt vétuste et particulièrement touchée par le phénomène de surpopulation carcérale. Le juge des référés a notamment enjoint au ministère de la Justice d'effectuer des travaux permettant une « séparation effective » entre les sanitaires, non cloisonnés actuellement, et le reste des cellules, de nettoyer « de la moisissure sur les murs et plafonds », d'équiper des cellules en « mobilier de rangement » ou encore de réparer des fuites d'eau.
Alors que sa capacité d'accueil théorique est de 177 places, la prison de Béthune affiche régulièrement un taux d'occupation de plus de 200 %. Cette situation de surpopulation carcérale aggrave les conditions de détention et pose un problème majeur de dignité humaine. La plainte déposée par la famille du détenu met en lumière les dysfonctionnements chroniques de l'établissement et soulève des questions sur la responsabilité de l'administration pénitentiaire.



