Explosion de l'usage détourné du protoxyde d'azote dans le Gard : quelles solutions face aux drames ?
Protoxyde d'azote dans le Gard : solutions face aux drames

Explosion de l'usage détourné du protoxyde d'azote dans le Gard : quelles solutions face aux drames ?

L'usage détourné du protoxyde d'azote dans le Gard connaît une augmentation alarmante, soulevant des questions cruciales sur la prévention de nouveaux drames. Un conducteur, ayant consommé cette substance, a perdu la vie dans un accident à Alès avec ses deux passagers, dont deux mineurs. Cet événement tragique, survenu le 3 décembre 2025, met en lumière un phénomène qui s'étend bien au-delà du département, touchant toute la France.

Un accident mortel et des mesures préfectorales

Dans la nuit du 3 décembre 2025, vers 1 heure, à Alès, une voiture transportant trois jeunes gens a percuté un muret et basculé, sur le toit, dans une piscine encore en eau. Les trois occupants, dont deux adolescents, n'ont pas survécu. Des analyses toxicologiques ont confirmé la présence de protoxyde d'azote dans le véhicule, avec des résultats positifs pour les deux jeunes assis à l'avant.

Quelques jours avant ce drame, le 28 novembre, le préfet du Gard avait pris un arrêté encadrant l'usage du protoxyde d'azote, valable jusqu'au 1er février 2026. Cet arrêté interdisait la vente aux mineurs, ainsi que la consommation et la détention sur l'espace public. Il prévoyait également l'interdiction de la vente ou de l'offre, y compris aux majeurs, dans les débits de boissons et les tabacs, et interdisait l'utilisation à des fins récréatives dans l'espace public, ainsi que l'abandon des contenants. La préfecture a depuis pris un nouvel arrêté, applicable jusqu'au 30 juin 2026, pour réglementer davantage la vente, la détention et la consommation.

Un flou juridique et des défis environnementaux

La procureure de Nîmes, Cécile Gensac, a souligné que le protoxyde d'azote, souvent appelé gaz hilarant, n'est pas considéré comme une drogue au sens législatif. "Aujourd'hui, ce n'est pas une infraction puisque le protoxyde d'azote n'est pas sur la liste des produits stupéfiants", a-t-elle déclaré. Elle a ajouté que cette substance, initialement utilisée pour faire de la chantilly, représente un fléau qui doit être combattu pour de multiples raisons.

Au-delà des risques pour la santé, la procureure a alerté sur les conséquences environnementales. Les bouteilles ou cartouches de protoxyde d'azote contiennent un gaz très nocif pour la couche d'ozone, posant une énorme problématique écologique. Leur destruction nécessite un circuit particulier, car elles peuvent exploser dans des incinérateurs traditionnels, endommageant les équipements et mettant en danger le personnel. "La destruction d'une seule bouteille coûte 15 euros, ce qui est colossal", a-t-elle précisé. En France, seules deux entreprises agréées sont chargées de la récupération et de la destruction de ces contenants.

Des milliers de bouteilles stockées et des explosions quotidiennes

Richard Tiberino, président du Sitom Sud Gard, a dénoncé l'accumulation de milliers de bouteilles stockées à Grèzan, avec du gaz résiduel à l'intérieur. "C'est énorme et cela ne fait qu'augmenter", a-t-il constaté. Ces contenants pollués peuvent exploser à tout moment, dans les camions de collecte ou dans la chaleur des fours d'incinération.

Depuis 2019, le Sitom Sud Gard et Veolia signalent de nombreuses explosions violentes à l'incinérateur de Nîmes, mettant en péril les salariés. Ces incidents, aujourd'hui quotidiens, ont causé des dégâts matériels importants et même un début d'incendie. En 2025, 18 400 bouteilles de protoxyde d'azote ont été détruites par l'unité de valorisation énergétique du Sitom Sud Gard, sans compter celles ayant atteint le four. Des travaux sont en cours pour sécuriser le site avec un dispositif capable de détecter ces bouteilles avant qu'elles n'entrent dans le processus d'incinération.

La procureure Cécile Gensac travaille avec son assistante spécialisée en environnement, d'autres parquets, et la chancellerie pour trouver des solutions alternatives à la destruction de ces bouteilles, soulignant l'urgence d'une action coordonnée face à cette crise multidimensionnelle.