Dominique B. allume la caméra de son téléphone. C’est un homme d’une soixantaine d’années au visage rond, avec des cheveux gris clairsemés, moustache de la même couleur, des lunettes à fine monture métallique et des yeux clairs. Il apparaît installé dans son canapé, en tee-shirt gris. « Ça ne te choque pas trop de me voir ? » demande-t-il à l’adolescente brune, vêtue d'un maillot du PSG, avec qui il échange sur Internet.
En réalité, cette jeune fille à la voix fluette, qui lui dit être âgée de 14 ans, n’existe pas. Originaire de Haute-Saône, Dominique B. vient de se faire piéger en direct par le streamer Finnyzyy, un jeune homme de 21 ans connu pour chasser les « prédateurs » dans ses vidéos et adepte de l’intelligence artificielle pour modifier son apparence et sa voix. Le live, diffusé le 11 mai sur TikTok, a été suivi par environ 40.000 personnes.
« À 14 ans t’as des filles qui ont déjà fait l’amour »
Dans un communiqué, le procureur de la République de Vesoul indique que Dominique B. s’est présenté dès le lendemain au commissariat où il a été placé en garde à vue. Son domicile a fait l’objet d’une perquisition et une enquête a été ouverte, confiée à la division de la criminalité territoriale de la police. Les investigations se poursuivent « afin notamment de procéder à l’exploitation des supports informatiques saisis et de vérifier les circonstances dans lesquelles cette vidéo a été réalisée », précise le magistrat qui envisage de solliciter l’ouverture d’une information judiciaire. En attendant, sa garde à vue a été prolongée.
Dans leurs échanges diffusés en direct, le sexagénaire multiplie les questions intrusives. Il demande à la « collégienne » si elle porte un soutien-gorge, veut voir son épaule nue, évoque des « nudes » envoyés sur Snapchat et lui demande si elle a déjà embrassé un garçon. Il lui propose ensuite de l’emmener voir un match au Parc des Princes. A condition, insiste-t-il à plusieurs reprises, qu’elle accepte de l’embrasser. « Bah oui », répond-il quand elle s’inquiète de devoir mentir à ses parents. Il tente de mettre sa proie en confiance. « A partir du moment où t’es d’accord, c’est pas interdit ». Et d’ajouter : « À 14 ans, t’as des filles qui ont déjà fait l’amour, même avant. »
18 mois de prison avec sursis probatoire
Ce n’est pas la première fois que Dominique B. se retrouve dans le viseur de la justice pour des faits de cette nature. En janvier 2025, il a été jugé par le tribunal correctionnel de Vesoul. Selon le compte rendu d’audience de la radio Ici, il était accusé d’avoir envoyé des messages à caractère sexuel à des lycéennes de Lure, tels que « j’adore les nageuses quand elles sortent de l’eau » ou « tu es plus proche des défilés de mode que du terrain de foot ». À la barre, il s’était dit « honteux ».
S’il a été relaxé pour détournement de mineur, il a en revanche été condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire durant deux ans et interdiction de travailler avec des mineurs. La perquisition à son domicile avait permis la découverte de fichiers à caractère pédopornographique sur des clés USB. Contactée, Me Marion Rongeot, qui avait défendu Dominique B. lors de sa précédente condamnation, n’a pas répondu à nos sollicitations.
Une figure du monde sportif en Franche-Comté
Lors de sa première interpellation, en 2020, Dominique B. occupait plusieurs fonctions dans le sport scolaire en Franche-Comté. Organisateur des Jeux internationaux de la jeunesse, il exerçait notamment des responsabilités au sein de l’UNSS et du Comité départemental olympique et sportif (CDOS) de Haute-Saône. Dès les premiers signalements de parents de lycéennes, il a été suspendu. Il n’exerce plus aucune fonction au sein de l’institution depuis cette date.
Dans un communiqué publié lundi, l’UNSS rappelle avoir agi « sans délai et sans complaisance » en facilitant la saisine de la justice. L’organisation assure que les faits reprochés étaient « radicalement et irrémédiablement contraires » aux valeurs qu’elle défend, évoquant des comportements incompatibles avec « le respect, l’intégrité et la protection de chaque élève ». De son côté, le CNOSF (Comité national olympique et sportif français) exprime aussi son « effroi » dans un communiqué diffusé sur X : « Si les faits nouvellement rapportés devaient être confirmés, ils seraient d’une gravité absolue. »
L’association « 211 Organisation », à laquelle appartient le streamer, défend ses méthodes dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Le collectif, qui dit lutter contre la pédocriminalité en ligne, appelle néanmoins à ne pas se faire justice soi-même. « Nous souhaitons que la violence n’ait pas lieu, même envers ce type d’individu », ajoute-t-elle. Avant de conclure : « Toute action illégale pourrait vous exposer à des poursuites judiciaires et nuire à l’ensemble de la démarche. »



