Devant le Kongelig Slottet, la résidence officielle de la famille royale à Oslo, Solveig et Jonas, deux retraités de Trondheim en visite dans la capitale norvégienne, observent la relève de la garde avec une pensée pour le roi Harald et la reine Sonja. « À leurs âges, proches des 90 ans, ils ne méritent pas de vivre une telle crise vers la fin de leur vie », se désole Solveig, exprimant un sentiment partagé par de nombreux Norvégiens préoccupés par les égarements de la princesse héritière Mette-Marit.
Des révélations explosives sur les liens avec Epstein
La princesse héritière est empêtrée dans l'affaire Epstein, avec des contacts cités plus de mille fois dans les quelque trois millions de courriels divulgués par le ministère américain de la justice. Ces échanges, entre 2011 et juin 2014, incluent des messages de caractère intime, comme en 2012 où Epstein évoquait sa recherche d'une épouse à Paris, et Mette-Marit répondait que la Ville Lumière était « propice à l'adultère » ou que « les Scandinaves sont de meilleures femmes ». En janvier 2013, elle a même séjourné quatre jours dans la maison d'Epstein à Palm Beach en Floride, en son absence.
Une crise de confiance sans précédent
Face à la polémique, Mette-Marit a admis à deux reprises « une erreur de jugement », présenté ses excuses, notamment au roi et à la reine, et condamné fermement les actes criminels d'Epstein selon un communiqué officiel. Cependant, le mal est fait. Un sondage de la chaîne TV2 révèle que 47,6 % des Norvégiens ne souhaitent pas qu'elle devienne reine, contre seulement 28,9 % qui l'estiment digne de ce titre. « Mette-Marit ne peut pas être reine à la suite de ces révélations. La confiance en elle est au plus bas », estime Tove Taalesen, experte des questions royales sur Nettavisen.
Impact sur la popularité de la monarchie
La déflagration touche toute la maison royale, dont la popularité a plongé à 54-66 % de l'opinion, contre 70 % deux semaines plus tôt. Pour la première fois, les partisans de l'abolition de la monarchie séduisent un tiers des Norvégiens. Cette crise s'ajoute aux difficultés liées au procès historique de Marius Borg Hoejby, le fils aîné de Mette-Marit, accusé de 38 délits dont quatre viols et violences contre ses ex-compagnes.
Le soutien du prince héritier Haakon
Face à la tempête médiatique, le prince héritier Haakon a apporté un soutien total à sa famille, déclarant lors d'une visite dans une école maternelle d'Oslo le 6 février : « Le plus important pour moi est de prendre soin des miens ». Il a précisé soutenir Marius, veiller sur leurs autres enfants, et prendre soin de la princesse héritière. Le couple princier s'est rendu à la prison d'Oslo pour visiter Marius, placé en détention provisoire pendant son procès ouvert depuis le 3 février.
Conséquences juridiques et politiques
Eivind Smith, professeur de droit à l'université d'Oslo, nuance cependant : « Une fois devenu roi, le prince Haakon pourrait continuer à être marié à Mette-Marit sans qu'elle soit reine, car il n'y a aucune obligation juridique disposant que l'épouse d'un souverain porte ce titre ». Au-delà de la famille royale, l'affaire Epstein touche aussi d'autres figures publiques, comme l'ancien Premier ministre travailliste Thorbjorn Jagland, visé par une enquête pour corruption aggravée après des séjours dans la résidence d'Epstein en Floride et l'acceptation de nombreux cadeaux.
Une monarchie sous pression mais résiliente
Harald Stanghelle, auteur du livre Un Roi raconte publié en 2024, tente de minimiser cette crise, la plus grave de l'histoire royale de Norvège. « La monarchie norvégienne est fondamentalement solide. Certes, sa popularité connaît des hauts et des bas au rythme des remous qu'elle traverse, mais elle tient bon », assure-t-il. Malgré cela, les scandales continuent d'ébranler les fondations de l'institution, laissant l'avenir de la couronne incertain.