Monaco : riverains sous le choc après l'explosion criminelle
Monaco : riverains sous le choc après l'explosion

Quelques heures après l'explosion d'origine criminelle qui a secoué la rue Révérend-Père-Louis-Frolla, ce lundi soir à Monaco, les visages restent figés. Les mains tremblent encore. Derrière les rubans de sécurité, plusieurs dizaines de riverains patientent, sans savoir quand ils pourront regagner leur domicile. Certains sont sortis précipitamment en pyjama, d'autres portent encore leur tenue de soirée. Tous racontent la même chose : un bruit assourdissant, puis quelques secondes d'incompréhension.

« Au début, j'ai cru que c'était une explosion nucléaire »

Il est près de minuit. Malgré les 30 degrés qui pèsent encore sur la Principauté, un silence inhabituel règne autour du périmètre bouclé. Seuls les passages des véhicules de secours, les conversations étouffées et les sonneries des téléphones viennent rompre cette attente. Assise à même le sol avec sa mère et leur chien Lucky, Barbara, 23 ans, habite l'immeuble voisin de celui où l'engin explosif s'est déclenché. À quelques mètres seulement du périmètre de sécurité, elle tente encore de mettre des mots sur ce qu'elle a vécu. « On a entendu une explosion. Au début, j'ai cru que c'était une explosion nucléaire, c'était tellement confus. On s'est enfuis immédiatement. On a eu trop peur. »

En racontant la scène, elle revoit les murs vibrer autour d'elle. « Le bruit était horrible. Tout tremblait. On a vraiment cru que notre immeuble allait s'écrouler. À Monaco, on n'a pas l'habitude de vivre ce genre d'événement. On est encore sous le choc. Je pense qu'il faudra des jours pour s'en remettre. »

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À ses côtés, sa mère Fulvia hoche la tête. « On ne savait pas quoi faire. On est partis parce qu'on avait peur que ça explose aussi chez nous. On est sortis vers 21 heures et, trois heures plus tard, on attend toujours de savoir si on pourra rentrer. Le plus difficile, c'est de ne rien savoir. »

« Les vingt premières minutes sont complètement floues »

Comme beaucoup ce soir-là, Karen* a d'abord cherché une explication au fracas qui venait de retentir. « Je ne savais pas si un hélicoptère s'était écrasé au pied de mon immeuble ou si c'était un tremblement de terre. En tout cas, mon sang n'a fait qu'un tour. » En voyant ses voisins sortir précipitamment dans la rue, elle les suit sans réfléchir. « Les vingt premières minutes sont complètement floues. On ne sait plus quoi prendre, où aller, ni ce qu'il est en train de se passer. »

Autour du rond-point de la Madone, les habitants échangent leurs souvenirs, confrontent leurs versions des faits et scrutent le moindre mouvement derrière les barrières. Stéphane, revenu d'un restaurant avec plusieurs amis, n'avait jamais vu un tel dispositif de sécurité. « On attend depuis plus d'une heure. On avait entendu des rumeurs, alors on n'a pas voulu rentrer tout de suite. En six ans à Monaco, je n'avais jamais vu autant de policiers dans les rues. Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre. »

Un peu plus loin, un couple de trentenaires reste les yeux rivés sur son téléphone. Chaque notification est consultée aussitôt. « Ça nous permet de nous remplir l'esprit », glisse le jeune homme. Sa compagne, Marie, peine encore à réaliser. « On est venus vivre à Monaco parce qu'on s'y sentait en sécurité. Cette rue, je la prends tous les jours pour emmener notre enfant à l'école. Alors voir une scène pareille ici, c'est irréel. On a toujours l'impression que ça n'arrive qu'ailleurs. »

« Je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi »

Même scène devant le marché, côté boulevard d'Italie. Les téléphones sonnent. Deux amies retraitées répondent inlassablement aux mêmes questions : « Ne t'inquiète pas, tout va bien », répètent-elles à leurs proches. Elles n'étaient pas dans le quartier au moment de l'explosion. « Toute la famille nous appelle parce qu'ils savent qu'on habite ici. Finalement, c'est eux qui nous tiennent au courant grâce à la télévision. »

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Passé minuit, la chaleur reste étouffante. Valentina, habitante de l'avenue Saint-Charles, essuie la sueur qui lui coule sur le front. « Je ne sais pas si c'est le stress ou la marche », souffle-t-elle après avoir tenté d'emprunter plusieurs accès au quartier. À chaque fois, les policiers l'ont stoppée. « Je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi. Mais je sais aussi que s'ils ont quadrillé tout le secteur, c'est que c'est nécessaire. »

Lorsque l'attente devient trop longue, certains essaient même de retrouver une certaine normalité. Après plus d'une heure devant les barrages, quelques riverains lancent à leurs voisins, le ton grave : « En attendant que ça se calme, on va boire un verre sur la plage. Vous venez ? » Une parenthèse légère dans une soirée que beaucoup décrivent déjà comme l'une des plus bouleversantes qu'ils aient vécues à Monaco.