Bella Guilaine, 42 ans, mère de quatre enfants, a entamé une grève de la faim le mardi 7 juillet 2026 devant le palais de Justice de Nice. Sur sa pancarte, elle résume sa détresse : « Grève de la faim. Seule avec mes quatre enfants, j’attends toujours le délibéré [concernant] le squatteur de mon appart. 3 ans et 2 mois que ça dure. Je n’en peux plus. »
Un combat pour la dignité
Pour cette Niçoise, cette action est un ultime recours. « Je ne veux plus être une victime, je veux me battre pour faire respecter mes droits et pour montrer à mes enfants qu’il ne faut pas accepter l’injustice. Alors, je jette mes dernières forces dans cette bataille », déclare-t-elle. Propriétaire d’un appartement dans le quartier des Musiciens, elle subit depuis 2023 l’occupation illégale d’un homme qui ne paie plus aucun loyer.
Les conséquences financières sont désastreuses. « Je dois régler un crédit de 617 euros en plus d’un loyer de 550 euros. Je ne suis pas riche, j’ai économisé centime après centime pour me l’acheter quand j’étais jeune. Je n’ai plus de quoi vivre décemment », explique-t-elle.
Un logement chargé d’histoire
Ce studio représente bien plus qu’un bien immobilier pour Bella Guilaine. Il est le symbole de sa reconstruction après une enfance marquée par des violences. « J’avais 10 ans quand les huissiers ont débarqué pour saisir l’appartement familial. Ce soir-là, je me suis dit “il faudra que j’aie quelque chose à moi plus tard”. À 15 ans, j’ai demandé à être placée en foyer car je n’étais pas en sécurité chez moi. J’ai multiplié les petits boulots pour pouvoir mettre de l’argent de côté. J’ai eu mon premier fils en 2003 et à 24-25 ans j’ai pu acheter seule cet appart avec un apport et un crédit sur 20 ans », raconte-t-elle.
Un dégât des eaux a rendu le logement inhabitable pendant plusieurs années. Après sa séparation, elle y réemménage avec ses enfants il y a quatre ans. C’est à ce moment qu’elle rencontre A., l’occupant actuel. « On sympathise, il m’explique qu’il n’a pas de logement et qu’il fait partie des gens qui l’ont squatté quand il était vide. Il m’aide à tout débarrasser. Avec le recul, je comprends qu’il m’a embobinée, c’est vrai qu’il était gentil avec les enfants. Alors je l’ai hébergé quelques semaines juste avant de déménager », se souvient-elle.
Une situation qui s’enlise
Bella Guilaine explique à l’époque à cet homme que le conflit avec le syndic est réglé et qu’elle compte vendre. « Comme il y aurait eu un peu de délais, j’ai accepté qu’il reste là le temps que les procédures se terminent parce qu’il avait du mal à trouver un logement. Au début, il payait le loyer puis il a arrêté. Ça a fait capoter la vente », déplore-t-elle.
Depuis, la procédure judiciaire s’éternise. « Le tribunal a examiné mon affaire le 9 février 2026 et l’a mis en délibéré au 24 avril. Mais ça a été encore repoussé et je n’ai pas de date », indique-t-elle. Pire encore, le squatteur ne vit même plus sur place : « Je crois qu’il a sous-loué, pendant un moment. J’ai entendu dire qu’il avait eu des ennuis avec la police au sujet d’un trafic d’oiseaux. Il refuse de me rendre les clés. Pendant ce temps-là, je m’enfonce dans les difficultés financières, la situation me ronge, je n’en peux plus. »
Prête à aller jusqu’au bout
Pour protéger ses enfants, Bella Guilaine a attendu qu’ils soient en vacances pour entamer sa grève de la faim. « J’ai vu mon médecin qui a attesté de mon poids : 51 kg. Je suis prête à aller au bout pour qu’on m’entende enfin », conclut-elle, déterminée à obtenir justice.



