Trois jours après une tentative d’escroquerie à Monaco, un homme de 18 ans a été condamné ce vendredi 26 juin à 18 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel. Il ciblait des personnes vulnérables à l’aide de l’intelligence artificielle puis, par téléphone, se faisait passer pour un policier avant d’essayer de se faire remettre argent et bijoux. Une potentielle victime a flairé l’arnaque.
Un modus operandi sophistiqué
La prise de contact avec les potentielles victimes se faisait par téléphone. Ce mardi 23 juin, Naurvend K.-Y., un Français sans profession venu de Metz, a usurpé la qualité d’un policier, prétextant un piratage de son opérateur et un risque de vol pour conseiller à une résidente monégasque de 79 ans de placer argent et bijoux en sécurité. Puis, il lui a glissé qu’un coursier viendrait sous peu récupérer ses biens de valeur. La retraitée, qui a d’abord longuement décrit ses bijoux, a finalement flairé l’arnaque et pris attache avec la Sûreté publique, dont les agents se sont mis en surveillance dans le quartier du Jardin Exotique.
Interpellation et enquête
Venu de Nice en VTC, l’escroc a été interpellé en fin d’après-midi puis soumis à une garde à vue de 48 heures. Déféré, il a été jugé ce vendredi 26 juin en comparution immédiate. Les enquêteurs ont découvert qu’il avait acheté sur Telegram des données personnelles issues de piratages, qu’il disposait de téléphones et ordinateurs dédiés à son escroquerie et pouvait compter sur un « nettoyeur » dans un appartement loué à Nice qui effacerait toutes données numériques en cas d’absence prolongée. Dans son téléphone, des fichiers sur la répartition du butin entre membres de l’escroquerie ont aussi été retrouvés.
L'utilisation de l'IA pour cibler les victimes
« Au début, j’ai d’abord pensé à un escroc amateur. Puis, en lisant le dossier, j’ai vu quelque chose de réfléchi, quelqu’un qui veut se professionnaliser », note Florestan Bellinzona, président du tribunal. À 18 ans, et pourtant sans antécédent judiciaire, le Messin semble en effet connaître les ficelles du « métier ». Interrogé sur la manière dont il ciblait les victimes, il a répondu : « Je demande à l’IA de sélectionner des tranches d’âge dans la base de données. » Le prévenu, qui reconnaît ne vivre « que de ça en plus de chantiers au black », se montre loquace sous le feu des questions des magistrats. Il concède avoir réussi au moins 20 escroqueries avec, parfois, des montants subtilisés atteignant 15 000 euros.
Réquisitions et plaidoiries
« M. est jeune et il y a une certaine froideur, une absence de regrets. Cela fait froid dans le dos », note Me Lionel Dick, avocat du couple de retraités, dont il salue « le service rendu à la société ». Il réclame 1 000 euros en guise de dommages et intérêts. Une vigilance citoyenne également louée par Frédéric Cousin, premier substitut du procureur général. « On a affaire à une délinquance récurrente en Principauté qui a déjà fait beaucoup de dégâts sur des personnes qui n’ont rien demandé et qui vont subir les effets psychologiques de plein fouet et être mis en situation d’insécurité », déclare-t-il. À l’encontre de celui qu’il estime être membre d’un « réseau très structuré et organisé », il requiert 24 mois de prison dont 15 avec sursis (9 mois ferme), une interdiction de séjour à Monaco pendant 10 ans et la confiscation des scellés (téléphones et 900 euros en liquide).
Défense et verdict
« Je ne pense pas que mon client soit un professionnel, ni qu’il soit à la tête d’un réseau, puisque sa victime a senti l’arnaque », plaide Me Xavier-Alexandre Boyer, en défense. « On est face à quelqu’un de naïf, déconnecté de la réalité. Il a pu se rendre compte aujourd’hui du traumatisme pour les victimes. Il s’est excusé, n’a pas d’antécédent. » L’avocat réclame une peine avec sursis, sans la case prison. Les juges l’ont déclaré coupable et l’ont condamné à 18 mois de prison ferme avec maintien des effets du mandat d’arrêt, 2 000 euros d’amende et une interdiction de séjour pendant 10 ans. Les scellés ont été confisqués et il devra verser 500 euros à chacune des victimes. Il était aussi poursuivi pour blanchiment du produit d’une infraction.



