« Qui tu es comparé à Cristiano ? » « Respecte la légende de ton pays !!! Personne ne te connaît… » « Sans Ronaldo, on ne connaîtrait pas le Portugal. » Voilà le genre de commentaires qui a fleuri sous les posts Instagram de Bruno Fernandes, João Neves, Bernardo Silva, Vitinha ou encore Pedro Neto suite au match nul du Portugal contre la République démocratique du Congo (1-1). Au fil de son immense carrière, Cristiano Ronaldo a agrégé une communauté de millions de fans… et de fanatiques. Qui n’ont pas hésité à s’attaquer à ses coéquipiers, coupables, selon eux, de savonner la planche du capitaine de la Seleçao.
« Tous les ballons à Cristiano ! »
Cristiano Ronaldo n’a guère brillé au premier round de la Coupe du monde 2026. Le quintuple Ballon d’or n’a touché que 25 ballons face aux Léopards. C’est maigre… Pour ses fans, les coupables sont tout trouvés : ils sont autour de lui. Les joueurs qui l’accompagnaient sur la pelouse mercredi dernier ont été accusés par des milliers de pro-CR7 de ne pas chercher à jouer avec le GOAT.
Une entrave évidente à la quête de records de leur idole, qui a traversé l’Atlantique avec la ferme intention de devenir le premier joueur à marquer dans six éditions de la Coupe du monde, de s’emparer du titre de meilleur buteur de l’histoire du Portugal en Coupe du monde (encore détenu par Eusébio) et de se rapprocher de la barre des 1.000 buts.
« À ses côtés, tu n’es personne, et tu n’auras jamais ce qu’il a », glisse l’un des fans en question. « Mets-toi ça dans la tête : DEMAIN TOUS LES BALLONS À CRISTIANO, absolument tous ! », ajoute un autre. Ce mardi, à quelques heures du match du Portugal contre l’Ouzbékistan, des centaines de commentaires venaient encore épaissir le dossier. L’un des posts Instagram de Neves affiche désormais plus de 576.000 commentaires. Un sacré bordel.
Attention au blasphème
Ce culte ronaldesque a réussi à rassembler (entre autres) un influenceur marocain, un mannequin néerlandais, un motion designer azerbaïdjanais, un créateur de contenus mexicain et un dermatologue tadjik, qui ont tous dégainé leur téléphone pour prendre la défense de leur idole. « Tu dois demander pardon à Ronaldo, n’oublie pas qu’il est le roi », écrit l’un de ses adeptes sous une photo de Neves. « Si la moitié du monde veut que le Portugal gagne, c’est pour Cristiano », rappelle un autre.
Neves a été particulièrement ciblé par cette campagne de cyberharcèlement pour avoir osé dire, devant les journalistes, que Cristiano Ronaldo était un joueur comme un autre dans l’effectif. « C’est juste un autre joueur ici pour aider. Il ne diffère pas des autres. Il est ici pour contribuer comme nous tous », expliquait le milieu du PSG. Blasphème pour les pro-CR7, choqués que leur GOAT soit ainsi mis au même niveau que de simples mortels.
L’Évangile est récité sans hésiter. « Cristiano Ronaldo est venu d’une petite île, a fait face à la pauvreté, a quitté sa famille dès son jeune âge et s’est transformé en l’un des plus grands athlètes que le monde n’ait jamais vu à travers la discipline, le sacrifice et le travail acharné. ''Juste un autre joueur'' ne remporte pas plusieurs Ligues des champions, Ballons d’Or et trophées internationaux. ''Juste un autre joueur'' ne reste pas au sommet pendant plus de deux décennies tout en battant record après record. »
« Il y a toujours des personnes qui vont trop loin »
20 Minutes a interrogé l’un de ces fans hardcore, Rahimov, installé en Asie centrale. Il suit le joueur depuis 2006. « Ronaldo a consacré plus de 20 ans de sa carrière à servir son pays. Maintenant, c’est à leur tour de le soutenir. Tous les joueurs portugais devraient jouer pour Ronaldo, estime-t-il. Même s’il ne bouge pas beaucoup ou n’est pas au meilleur de sa forme, ses coéquipiers devraient quand même faire tout leur possible pour l’aider, pour tout ce qu’il a fait pour le Portugal. »
Il a publié plusieurs messages sur les profils de João Neves et Vitinha : le classique « Fais la passe à Ronaldo », mais aussi des GIFs… dont un de 2024, où CR7 mime un geste obscène devant des supporteurs adverses. « Ce GIF avait pour but d’exprimer mes émotions en tant que passionné, et non d’insulter ou d’attaquer qui que ce soit. Je respecte tous les joueurs du Portugal. Je souhaite simplement exprimer mon soutien à Ronaldo », répond-il.
Justification (un peu) bancale, oui. « Dans toute grande communauté de supporters, il y a toujours des personnes qui vont trop loin, mais je ne cautionne ni le harcèlement ni les propos négatifs à l’égard des joueurs, assure le jeune homme. Je ne veux pas mettre la pression sur un joueur en particulier ni créer un climat négatif au sein de l’équipe. » Pas sûr, pourtant, que les milliers de messages reçus par Neves aient contribué à apporter la sérénité dont la sélection portugaise aurait besoin pour aller loin dans ce Mondial.



