Les documents Epstein révèlent l'aveuglement d'Elizabeth II face aux agissements de son fils Andrew
Documents Epstein : l'aveuglement d'Elizabeth II sur son fils Andrew

Les révélations Epstein éclairent l'aveuglement d'Elizabeth II sur son fils Andrew

Les yeux ne cessent de s'écarquiller face à la publication, par le ministère américain de la Justice, de millions de nouveaux documents issus des dossiers Epstein concernant Andrew Mountbatten Windsor. Les échanges de courriels entre David Stern, le plus proche collaborateur de l'ancien prince, et le pédocriminel mettent en exergue l'aveuglement volontaire d'Elizabeth II face aux agissements de son fils favori. La souveraine est décédée le 8 septembre 2022.

Des courriels compromettants révèlent les liens étroits

« Le sujet de discussion numéro un au Palais, que je sache : PA (Prince Andrew) en difficulté pour ses relations avec le Turkménistan et l'Azerbaïdjan (approuvées par le gouvernement) mais il bénéficie du soutien total de sa mère, Elizabeth II qui estime seulement que son amitié avec vous est imprudente », a écrit David Stern dans un e-mail envoyé à Jeffrey Epstein le 9 mars 2011.

L'auteur du courriel était le plus important conseiller de celui qui était, à l'époque, troisième dans l'ordre de succession derrière les princes Charles et William. Dans ce message, le plus proche collaborateur de l'ex Altesse Royale déclare au financier new-yorkais : « C'est un plaisir de vous servir. Je serai toujours à vos côtés ».

Andrew, le fils préféré d'Elizabeth II

Stern avait la charge de la société commerciale Pitch@Palace montée par le duc d'York à titre personnel. Elizabeth II avait autorisé la firme à s'immatriculer officiellement à Buckingham Palace. Le ressortissant allemand était non seulement le messager entre Epstein et Andrew, mais tenait au courant le pédophile des moindres faits et gestes de son patron.

À la demande du milliardaire, il avait arrangé en 2016 la visite de sa petite amie biélorusse Karyna Shuliak à Londres, en lui permettant notamment d'assister à la relève de la garde parmi les VIP dans la cour même du Palais.

Stern a fructifié les opportunités d'affaires privées, notamment dans le Golfe, en Asie et en Europe de l'Est, en vue de remplir les caisses d'un prince désargenté et de son ex-épouse Sarah Ferguson au bord de la faillite en raison de son train de vie extravagant. Ainsi, l'intéressé a suggéré à Epstein de monter, avec le frère de Charles III, une société de gestion de fortune privée destinée aux riches chinois en tirant profit de « son aura » et de son « accès ». Stern est resté au service d'Andrew jusqu'au suicide d'Epstein, le 10 août 2019.

Un aveuglement maternel face aux turpitudes

Les dernières révélations mettent en exergue l'aveuglement d'Elizabeth II face aux turpitudes de son fils. Le deuxième de ses trois garçons était incontestablement son préféré. Bel homme, héros de la guerre des Malouines, tombeur de filles, adepte des blagues de caserne, il lui rappelait son propre mari, le prince Philip, le seul amour de sa vie.

La cheffe de l'État avait une manière de dire « Andrew » qui ne trompait pas, un ton maternel étonnant de la part d'une personnalité qui en était totalement dépourvue. Elle pardonnait tout à un être arrogant, imbu de son rang royal et cupide.

Le contraste était saisissant avec la froideur de Sa Majesté envers ses trois autres enfants. À ses yeux, Charles, intellectuel, défenseur de la spiritualité, de l'écologie et de la diversité, était trop à gauche. Elle considérait Edward, le petit dernier, comme une mauviette traînant à ses guêtres une réputation d'homosexuel et n'avait guère d'atomes crochus avec sa fille Anne, à l'exception de l'amour des chevaux.

Un soutien indéfectible malgré les controverses

Lorsqu'Andrew a mis fin à sa carrière militaire en 2001, la reine avait soutiré à son Premier ministre, Tony Blair, sa nomination en tant que représentant spécial au Commerce extérieur contre l'avis du ministre du Commerce et de l'Industrie de l'époque. La décennie passée à arpenter la planète au service des milieux d'affaires britanniques avait été semée de controverses :

  • Dépenses considérables
  • Gaffes diplomatiques
  • Liens sulfureux avec les régimes autocratiques
  • Méconnaissance des dossiers

À l'évidence, consciente de la tendresse maternelle envers son chouchou, la cour n'avait pas osé la mettre au courant des manquements à l'éthique et du gaspillage des deniers du contribuable.

Des décisions royales controversées

Elizabeth II avait notamment accepté, sans poser de questions, l'invitation – par le biais d'Andrew – d'Epstein et de sa comparse Ghislaine Maxwell dans son château privé de Balmoral ou à Buckingham Palace.

Elle avait aussi approuvé, sans ciller, la demande de son fils d'enregistrer dans un salon du Palais, sa catastrophique interview à la BBC en novembre 2019, court-circuitant ainsi le directeur de la communication. Dans cet entretien, l'intéressé avait insisté sur le fait qu'il avait coupé contact avec Epstein après 2010, alors qu'il avait en fait continué de le fréquenter.

Enfin, en 2022, « Mammy » avait payé de sa propre poche la plus grande partie des 12 millions de livres (13,82 millions d'euros) afin d'éviter un procès aux États-Unis intenté par Virginia Giuffre, son accusatrice, qui s'est suicidée en avril 2025 à l'âge de 41 ans.

Un héritage compromis pour Charles III

À chacun son « annus horribilis ». Pour Elizabeth II – autrice de la formule – ce fut 1992, la séparation de Charles et Diana, les frasques de ses autres enfants et l'incendie du château de Windsor. Mais pour Charles III, 2026 est déjà l'année à marquer d'une pierre noire en raison des compromissions d'Andrew.

L'affaire Epstein menace non seulement la popularité du monarque mais surtout contrarie son programme de modernisation d'une institution qui, à bien des égards, vit encore comme au temps de l'empire. Les révélations continuent de s'accumuler, mettant en lumière les mécanismes d'un aveuglement royal qui pourrait avoir des conséquences durables sur la monarchie britannique.