L'ancien comptable de l'établissement scolaire Saint-Amand, à Bayonne, a été condamné ce jeudi 21 mai à trois ans de prison, dont deux avec sursis, pour abus de confiance et blanchiment. Il a perdu 308 000 euros dans les paris sportifs.
L'homme de 44 ans, chemise bleue, lunettes noires et cheveux grisonnants, répond volontairement aux juges et aux avocats, en toute décontraction. Il reconnaît tous les faits et n'esquive aucune question, avec franchise. Entre 2019 et 2023, il a détourné 304 826 euros de l'école-collège Saint-Amand, à Bayonne, en tant que comptable de l'organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC) de cet établissement.
Pour détourner l'argent, il réalisait des virements réguliers et importants vers ses comptes bancaires, en modifiant le nom du destinataire (fausse écriture comptable). Il faisait croire qu'il versait des sommes de remboursement à des fournisseurs de l'établissement scolaire. Pour faire les comptes de la cité scolaire, il utilisait le logiciel Excel au lieu du logiciel Agathe qui lui était mis à disposition.
Paris sportifs
Ce Réunionnais a perdu l'ensemble de la somme détournée dans les paris sportifs. « J'ai commencé à avoir un comportement addictif en 2013. Je l'avais signalé à mon médecin à l'époque et j'ai eu un traitement avec des anti-dépresseurs. J'ai joué aux jeux de manière excessive et je suis tombé ensuite dans l'alcool et la dépression », raconte-t-il.
Les enquêteurs de la police judiciaire (PJ) de Bayonne ont constaté des pertes énormes sur ses comptes bancaires. Entre 2015 et 2023, il a perdu 288 000 euros, soit environ 6 000 euros par mois. Malgré ces pertes, il faisait croire à sa femme qu'il gagnait des paris sportifs, en lui versant de l'argent sur son compte. Le couple, parent d'un enfant, traversait d'importantes difficultés financières.
L'école-collège Saint-Amand s'est rendu compte du préjudice via l'intervention d'un cabinet d'expertise comptable. Elle a licencié l'homme en 2023. Ce dernier l'avait aussi caché à sa femme, en lui affirmant qu'il était en arrêt de travail.
« Tombé dans un engrenage »
« Il est tombé dans un engrenage. Il a perdu pied. Avec un tel montant, il était certain qu'il allait être pris, c'était presque suicidaire », a plaidé son avocate, Me Karen Jacquemin, qui rappelle qu'il n'a « pas fait ça par appât du gain et n'en a tiré aucun profit ». Elle a décrit un homme « addict à l'alcool et aux jeux » qui a « honte d'avoir déçu son employeur, son fils et sa femme, avec qui il a divorcé » et qui « a la volonté de rembourser ». Son casier judiciaire est vierge.
Me Sébastien Binet, avocat de l'établissement Saint-Amand, a insisté sur le préjudice « à la fois matériel et moral », qui a « altéré la trésorerie et installé l'instabilité dans la gestion de l'école ». La procureure, Marie Irigoyen, a requis quatre ans de prison dont trois ans avec sursis contre le prévenu. « Il s'est quand même versé entre 6 000 et 8 000 euros en plus de son salaire tous les mois », a-t-elle rappelé.
Le tribunal a condamné l'homme à trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire. Le juge d'application des peines déterminera si la partie ferme sera aménageable ou non. Une interdiction de gérer des fonds et de gérer une entreprise a été prononcée pour trois ans. Il devra payer à l'établissement un préjudice matériel de 304 826 euros et un préjudice moral de 1 500 euros.



