« Il fait 40° dans les cellules, dites-leur que l'on chauffe ! » Ce cri lancé par un détenu de la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (VLM), dans l'Hérault, résume la situation explosive vécue mardi 7 juillet, alors qu'une troisième canicule frappe l'Occitanie. La députée socialiste de l'Hérault, Fanny Dombre-Coste, exerçait son droit de visite parlementaire, accompagnée de médias, pour constater les conditions de détention.
Une surpopulation carcérale record
Pauline Rossignol, cheffe d'établissement, a indiqué à la députée : « Nous avons, à date, 1 049 détenus pour 587 places, soit un taux d'occupation de +178,7 % et 168 matelas au sol… Et nous sommes obligés d'incarcérer tout ce que l'on nous demande. » Ce chiffre dépasse largement la moyenne nationale : la France comptait 88 829 détenus pour 63 237 places au 2 juillet, selon la contrôleuse générale des prisons Dominique Simonnot. Dans son avis, elle déplore qu'« aucune mesure d'envergure nationale n'a été prise » pour contrer cette inflation et appelle à une « régulation carcérale » pour respecter la dignité des détenus.
La canicule exacerbe les tensions
La chaleur accroît les risques d'incidents. Samedi, une surveillante a reçu un violent coup au visage d'un prisonnier pris avec un téléphone portable. La directrice appelle « à la nuance » sur le nombre d'incidents, mais convient « qu'à ce niveau de chaleur et avec la surpopulation, c'est plus compliqué à gérer ». Fanny Dombre-Coste souligne : « J'ai demandé à visiter l'établissement pour dénoncer cette surpopulation carcérale, il y a des tensions et la canicule n'arrange rien. »
Des températures étouffantes dans les cellules
Dans les cellules non climatisées, où trois ou quatre détenus cohabitent 20 heures sur 24, les températures atteignent en moyenne 31 à 32°C, avec « une pointe à 37°C la semaine dernière », selon Pauline Rossignol, record qui pourrait être battu mardi ou mercredi. Un détenu confie : « Il fait vraiment très chaud, alors on s'asperge avec des vaporisateurs. » Un autre détaille sa technique : « Une bouteille d'eau glacée devant le ventilateur, ça rafraîchit, sinon on crève de chaud. » La direction a distribué gratuitement une soixantaine de ventilateurs aux détenus les plus indigents et souffrant de pathologies.
Des solutions insuffisantes face à l'urgence
Les douches équipent toutes les cellules, et des bouteilles d'eau sont données ou « cantinées ». Pauline Rossignol indique : « On dit aussi aux surveillants d'avoir une attention particulière en ce moment. » Fanny Dombre-Coste réclame la mise à l'ordre du jour du texte de loi du député Renaissance Florian Boudié, permettant des réductions de peine pour réguler la population, comme pendant le Covid. « Quelqu'un qui a été pris pour un délit routier doit-il passer six mois en prison ? Pour moi, il y a urgence à agir », lance-t-elle.
Un exemple des dysfonctionnements de la justice
La surpopulation est aussi liée au manque de moyens de la justice. Un Héraultais de 37 ans, condamné à 20 mois de prison, devait bénéficier d'une détention à domicile sous bracelet électronique (DDSE) début juin, mais la pose du bracelet n'est possible que le 8 septembre. Son avocat, Me Marc Gallix, déplore : « Il va donc passer trois mois en prison où l'on connaît la situation explosive, les cellules exiguës à trois et les chaleurs entre 35 et 40°C insupportables. »



