Des familles de victimes d'agressions sexuelles commises en milieu scolaire ont lancé un appel pressant au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, dénonçant des délais de traitement pouvant atteindre trois ans. Selon une association de soutien, près de 200 dossiers sont en attente de jugement, certains depuis 2020.
Un système judiciaire saturé
Les parents d'élèves victimes décrivent un parcours du combattant. « Mon fils a été agressé en 2019, et nous n'avons toujours pas de date de procès », témoigne une mère, dont l'enfant était âgé de 8 ans au moment des faits. « L'école n'a pas protégé les enfants, et la justice n'agit pas assez vite », ajoute-t-elle.
Selon une enquête interne du ministère de l'Éducation, 1 200 signalements d'agressions sexuelles ont été recensés dans les établissements scolaires en 2022, soit une augmentation de 15 % par rapport à 2021. Cependant, seulement 30 % de ces affaires aboutissent à une condamnation dans un délai raisonnable.
L'appel à Darmanin
Dans une lettre ouverte adressée au ministre, les familles demandent la création d'une cellule spéciale au sein des parquets pour accélérer le traitement de ces affaires. « Nous ne pouvons plus attendre. Chaque jour qui passe est une souffrance supplémentaire pour nos enfants », écrivent-elles.
Gérald Darmanin n'a pas encore répondu publiquement, mais ses services ont indiqué que le sujet était « à l'étude ». Une réunion avec les associations de victimes est envisagée dans les prochaines semaines.
Des conséquences psychologiques lourdes
Les professionnels de santé alertent sur les répercussions de ces délais. « Les enfants victimes ont besoin de justice pour se reconstruire. L'attente prolongée aggrave les traumatismes », explique le Dr. Sophie Martin, pédopsychiatre à l'hôpital Necker.
Selon une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 70 % des enfants victimes d'agressions sexuelles développent des troubles anxieux ou dépressifs à l'âge adulte si la procédure judiciaire n'aboutit pas rapidement.
Des mesures insuffisantes
Le gouvernement a pourtant mis en place en 2021 un plan de lutte contre les violences sexuelles dans les écoles, comprenant la formation des enseignants et l'installation de dispositifs d'écoute. Mais pour les familles, ces mesures restent insuffisantes. « Il faut des juges spécialisés et des délais raccourcis », insiste le collectif.
En attendant, les familles organisent des rassemblements devant les palais de justice pour sensibiliser l'opinion publique. Le prochain est prévu le 15 mars à Paris.



