Bérangère Couillard qualifie le féminicide de Cédric Prizzon de « terrorisme misogyne »
Couillard : le féminicide Prizzon est un « terrorisme misogyne »

Bérangère Couillard dénonce un « terrorisme misogyne » dans l'affaire Prizzon

Pour Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l'Égalité (HCE), l'affaire Cédric Prizzon, cet ancien policier soupçonné d'avoir tué sa compagne et son ex-conjointe, relève clairement du « terrorisme misogyne ». La Girondine a donc lancé un appel pressant pour la saisine du parquet national antiterroriste, estimant que cette qualification juridique permettrait de mieux combattre les réseaux de radicalisation masculiniste.

Une demande de saisine du parquet antiterroriste

Le 2 avril dernier, le Haut Conseil à l'Égalité a officiellement soutenu la mobilisation citoyenne exigeant l'intervention du parquet national antiterroriste dans cette affaire. L'instance s'est appuyée sur son dernier rapport annuel concernant l'état du sexisme en France, qui met en lumière la menace grandissante représentée par les mouvements masculinistes.

« Ce que nous affirmons, c'est que Cédric Prizzon était un membre actif d'un groupe masculiniste sur Facebook nommé Les Papas en colère », explique Bérangère Couillard. « Il a développé une haine profonde envers les femmes qui l'a conduit à commettre ce que nous qualifions de terrorisme misogyne. Tuer deux femmes simultanément n'est pas anodin ; c'est une manière d'atteindre une cible symbolique : les femmes elles-mêmes. »

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La présidente du HCE estime que le parquet antiterroriste disposerait des moyens nécessaires pour remonter les filières de radicalisation, documenter les dynamiques de propagande et prévenir d'éventuels passages à l'acte, notamment parmi les proches de l'accusé.

Une décision du parquet antiterroriste qui suscite l'étonnement

Interrogée sur la décision du Pôle national antiterroriste de ne pas se saisir de l'affaire, Bérangère Couillard affirme respecter le choix du procureur tout en exprimant sa surprise face aux arguments avancés.

« Le procureur a évoqué notre instance comme étant rattachée à Matignon et exerçant une forme de pression politique », détaille-t-elle. « Je tiens à rappeler que le Haut Conseil à l'Égalité est une instance indépendante, même s'il bénéficie de certains moyens financiers via Matignon. Il est composé de 96 membres bénévoles issus de la société civile. Nous ne répondons à aucune contrainte gouvernementale. Le HCE a simplement émis des recommandations pour sensibiliser l'opinion à l'ampleur prise par les idéologies masculinistes. »

La montée inquiétante du masculinisme en ligne

Face à la question de savoir si le phénomène masculiniste est réellement en expansion ou simplement amplifié par les réseaux sociaux, Bérangère Couillard est catégorique : « Les masculinistes sont extrêmement présents sur les plateformes numériques, tout comme les Français en général. En raison de l'opacité des algorithmes, dès qu'un profil de jeune homme est identifié, il se voit proposer des contenus masculinistes. »

Elle dénonce un « véritable business de la haine », avec des vidéos, des podcasts et même des formations de coaching visant à renforcer la virilité masculine. Ces contenus finissent par imprégner durablement la nouvelle génération.

Cette montée en puissance s'explique également par une réaction aux politiques d'égalité menées ces dernières années. « Une frange de la jeunesse, plus réactionnaire et conservatrice, agite la théorie de l'inversion : les hommes seraient devenus les nouvelles victimes de l'émancipation féminine », analyse la présidente du HCE.

Des statistiques alarmantes sur les violences faites aux femmes

Malgré les progrès accomplis depuis trois ou quatre décennies, les chiffres des féminicides et des violences conjugales ne diminuent pas. Selon les études du Haut Conseil à l'Égalité, 17 % de la population française adhère encore à un sexisme hostile, un sexisme violent fondé sur l'idée que les femmes, jugées incompétentes, doivent être dominées par les hommes.

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« Les masculinistes sont des militants qui se regroupent pour partager leur haine des femmes. Les individus les plus fragiles peuvent être amenés à commettre l'irréparable, perpétrant un acte de terrorisme misogyne : tuer des femmes simplement parce qu'elles sont des femmes », alerte Bérangère Couillard. Le HCE appelle donc à intégrer cette notion de terrorisme misogyne dans les doctrines de sécurité nationale.

Des pistes pour lutter contre la radicalisation masculiniste

Pour la présidente du HCE, il est urgent d'agir auprès des jeunes générations. « Je pense que nous avons raté cette génération de jeunes qui arrivent à l'âge adulte et fondent une famille. Un travail considérable doit être entrepris auprès de la nouvelle génération, celle qui vient de naître, en la sensibilisant dès l'école. »

Le Haut Conseil à l'Égalité soutient activement la mise en place d'une éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, destinée à promouvoir l'égalité entre les sexes. « Grâce au travail mené avec le Conseil supérieur des programmes pour élaborer un contenu adapté à chaque classe d'âge, j'ai bon espoir que ce programme soit mis en œuvre dès cette année », confie Bérangère Couillard.

Le défi majeur consistera à déployer cette initiative dans l'ensemble des établissements scolaires, afin de contrer les idées nocives propagées sur les réseaux sociaux.

Renforcer les moyens de la police du web

En matière de répression, Bérangère Couillard privilégie le renforcement des moyens alloués à la police du web, notamment à la plateforme Phares. « Il faut donner davantage de ressources à ces services pour accroître leur capacité d'intervention et d'analyse. En formant ces policiers au lexique masculiniste, ils pourront mieux repérer, sanctionner et supprimer les contenus haineux. Et pourquoi pas, déjouer à l'avance un acte terroriste en préparation. »

La lutte contre le terrorisme misogyne passe donc par une combinaison de mesures éducatives, préventives et répressives, afin d'endiguer la montée des idéologies masculinistes et protéger les femmes contre les violences sexistes.