Invitée au 79e Festival de Cannes pour la projection du film « L'Abandon », sur les derniers jours de Samuel Paty, et une prise de parole devant les institutionnels, la ministre chargée de l'Égalité hommes-femmes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a réaffirmé le rôle du soutien de l'État à un cinéma qui présente la diversité à l'écran.
Un film nécessaire pour la jeunesse
La ministre a assisté à la projection de « L'Abandon », qu'elle qualifie de « film nécessaire, qui devrait être montré à nos collégiens et nos lycéens ». Elle souligne que le film montre la chaîne de petites et grandes défaillances ayant mené au drame, notamment celles de l'État et de l'Éducation nationale. Interrogée sur les leçons à en tirer, elle déclare : « Le film reprend de manière précise ce qui a été décrit pendant les procès. Il y a une part de défaillance et une part de lâcheté. On en vient à reprocher à un enseignant d'avoir accompli sa mission : faire en sorte que nos enfants deviennent des citoyennes et des citoyens éclairés. Ce que Samuel Paty a porté, c'est tout simplement le courage d'être un enseignant de la République. »
Elle ajoute que le film devrait être vu dans les cabinets ministériels et qu'elle en parlera à ses collègues du gouvernement. « L'équipe du film a rencontré le ministre de l'Éducation nationale, mon collègue Édouard Geffray. Je crois que ce film doit être vu par les Français, tous ceux qui ont soif de vérité. On est dans un moment où la vérité devient parfois une opinion comme une autre, mais en démocratie, la vérité n'est pas une opinion comme les autres. »
Lutter contre le backlash international
Devant le CNC et Unifrance, Aurore Bergé s'est exprimée sur le « backlash », ce mouvement de recul international sur les questions d'égalité hommes-femmes. Elle explique : « Les droits des femmes, ça reste un combat, ce n'est pas définitivement acquis. Certains considèrent même que quand on en fait soi-disant trop, ça provoque un mouvement de balancier qui devient un recul. » Elle cite l'exemple des États-Unis où des mots comme « genre » sont effacés de l'administration et où les entreprises ne peuvent plus développer de politiques d'égalité salariale. « Dans le cinéma, le risque, c'est qu'on ait de moins en moins de récits sur ces sujets, parce que ça devient plus risqué, plus difficile de financer ces films. Or, on a besoin que le cinéma continue à être un levier qui questionne, justement, nos représentations. »
Un discours politique assumé
La ministre assume le caractère politique du cinéma : « Le cinéma, il est politique. Ce sont des choix qu'on fait de porter à l'écran un certain nombre de sujets. En France, on a la puissance du soutien de l'action publique, grâce à des outils comme le CNC. On a le droit d'être fiers de ce modèle et de l'export des films français à travers le monde. Et nos films, ils sont singuliers sur ce qu'ils expriment. C'est ça qu'on a envie de défendre, dans une logique de fierté du modèle et de ce qu'on a à dire au monde. » Elle ajoute : « On porte les combats sur l'égalité, sur la lutte contre les violences, singulièrement les violences sexuelles, contre l'antisémitisme, le racisme, pour la cause LGBT. Si ces sujets disparaissent de nos écrans, ça disparaît de la représentation collective. Le risque, ce n'est pas la diversité, c'est l'uniformité. »
Quotas de réalisatrices : une question d'économie globale
Interrogée sur la position de Thierry Frémaux, délégué général du Festival, qui ne souhaite pas de quotas de femmes réalisatrices, Aurore Bergé relativise : « On a progressé sur le nombre de réalisatrices. Et il faut regarder aussi l'économie globale, producteurs, distributeurs, équipes techniques des films, des sujets qui sont aussi montrés à l'écran d'ailleurs. Regardez Garance, par exemple, avec Adèle Exarchopoulos. Il y a aussi une attention claire sur le jury. Et n'oubliez pas qu'on a une femme présidente du Festival, Iris Knobloch. »
Proposition de loi sur les violences sexistes et sexuelles
À propos de la proposition de loi des députés Erwan Balanant et Sandrine Rousseau visant à renforcer l'arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles dans la Culture, la ministre estime que le temps est nécessaire : « En un an, une chose fondamentale : on a fait entrer dans notre droit la notion de consentement dans la définition pénale du viol. C'est une notion nouvelle qui vient en miroir de ce qu'on fait en matière d'éducation de nos enfants, de nos adolescents et dans la société. Ensuite, les parlementaires qui avaient travaillé sur la commission d'enquête ont mis cette année à maturer une proposition de loi, la preuve aussi que ce n'est pas si simple. Évidemment, je soutiens par principe tous les textes qui permettent de mieux définir et lutter contre toutes les violences. »
L'affiche du festival : Thelma et Louise
Enfin, la ministre s'est réjouie de l'affiche du festival, « Thelma et Louise », qu'elle considère comme un film de son Panthéon : « C'est un film qui fait partie de mon Panthéon, qui sur nos sujets, dit beaucoup. J'ai acheté l'affiche, elle sera dans mon bureau. Je pense qu'il n'y a pas de petit symbole, parce qu'à la fin, ce sont les imaginaires dans lesquels on construit nos enfants, nos adolescents et nous-mêmes en tant qu'adultes. Ça n'est justement pas anodin que les néoconservateurs ou que l'extrême droite s'attaquent au cinéma. »



