Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau, inséparables à Cannes pour « Garance »
Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau, complices à Cannes

Sur le canapé de la plage Miramar, elles restent collées l'une à l'autre. Répondent en chœur aux journalistes. Sur la Croisette, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau sont inséparables, à l'heure de présenter Garance, le très beau film de Jeanne Herry en compétition. Malgré leurs différences, de style comme de look, une complicité évidente. Qui se ressent à l'écran et nourrit leur histoire d'amour et de fiction.

Une rencontre qui change tout

Ce sont d'abord des voix off, pour échanger sur des sujets divers, « leur première fois… ». Et puis cette rencontre qui va tout changer. Alors que Garance (Adèle) est une actrice prise dans un cercle vertigineux de fêtes, de galères et d'ivresse, Pauline (Sarah) est une scénographe qui s'était de plus en plus isolée du monde et des autres, dans une espèce d'ascétisme affectif. Entre ces deux-là, soudain le big bang ! Un magnifique portrait de femme(s).

« C'est une histoire d'amour qui fait aussi écho à leur quête d'identité », estime Adèle. « L'un ne va pas sans l'autre, renchérit Sara. Leur histoire ne m'aurait pas touchée autant s'il n'y avait pas tout ce parcours chaotique de Garance avant sa rencontre avec Pauline. Pareil pour le sujet central du film, s'il n'y avait pas aussi cette double révolution intime. »

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Complicité et admiration mutuelle

Encore sur leur petit nuage, même sous le soleil de Cannes, les deux interprètes ne tarissent pas d'éloges sur le personnage de l'autre. « Pauline, on se dit forcément : ''J'aimerais tellement être aimé par cette fille !'', s'enthousiasme Adèle. Elle rend noble la gentillesse, la patience, ces qualités ordinaires que l'on brocarde parfois comme des défauts de nos jours, mais c'est quelqu'un de rare, Pauline. »

Quant à Garance, « elle reste toujours très digne malgré toutes les épreuves qu'elle traverse, et forte dans son combat permanent pour exister, admire Sara. Et puis c'est touchant de voir cette comédienne pour qui ça ne réussit pas trop continuer de faire ce métier pour le plaisir de jouer, comme une raison d'être, avec une hypersensibilité. »

Un alcoolisme insidieux

Garance, Pauline, la collusion entre deux étoiles qui menaçaient de ne plus briller. Éteinte par des ténèbres trompeuses pour la première. « Ce n'est pas un alcoolisme spectaculaire, mais plutôt cette horreur du banal au quotidien : le petit verre du soir pour se détendre qui se transforme en deuxième, troisième, puis des litres au fil des mois et des années », souligne Adèle, qui a fréquenté un groupe de parole hospitalier sur les addictions, « avec des femmes de tous âges et de toutes conditions », pour s'en inspirer sans caricaturer. Ni laisser déborder le trop-plein de sentiments. « Tout mon travail consistait ensuite à comprendre pourquoi ce besoin de béquille chez Garance, en puisant au fond de mon cœur. »

Préparation des rôles

De son côté, pour interpréter Pauline, Sara a rencontré une vraie scénographe : « C'est un métier que j'aurais adoré, car c'est une sorte d'intériorisation, avec patience et minutie, et c'est presque une méditation créative par laquelle on revient en enfance car on fabrique une petite maison, une petite salle de bains… Ça rappelle nos jeux d'enfants. » En revanche, pour ce qui est de faire la fête en bande comme Garance, c'est un concept qu'Adèle consomme aussi sans modération. Pas un rôle de composition !

« Je suis moi aussi très dépendante des gens, peut-être est-ce une fuite parce que je m'ennuie trop vite ? Mais j'adore avoir les miens autour de moi, les faire rencontrer d'autres gens. J'aime ce mélange, dormir à plusieurs, rigoler ensemble », confie l'actrice avant de clamer carrément : « Je suis addict au bruit et au groupe ! »

Des personnalités complémentaires

« Moi c'est l'inverse, même si je vis aussi avec le boucan permanent des enfants, tranche Sara. Et puis le groupe, ça me fait penser à ces moments à l'école, où je me sentais vite perdue. Ma voix a une fréquence qui ne porte pas alors parfois, sur une grosse tablée, je pose une question ou je donne une réponse, mais personne ne m'entend ! C'est toute ma vie ça : dans la bande, je disparais. Je ne trouve ma place que dans l'intimité, sinon ma timidité m'empêche de m'imposer. »

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Dans Garance, Adèle comme Sara prennent pourtant toute leur place. Illuminent le film de toute leur classe. Chacune à leur façon. Chacune de leur propre talent. Mais toutes les deux avec la même passion. « C'est même mystique, car sur un plateau de tournage, je me sens vraiment bien, au bon endroit, j'aime ce collectif », appuie Adèle. « C'est valable pour le cinéma comme pour le théâtre, j'aime raconter des histoires, ça fait partie de moi », conclut Sarah. Vous avez dit addiction ?

En salles le 23 septembre.