Lille : la préfecture refuse l'ouverture d'une classe de CP à l'école musulmane Averroès
Refus d'ouverture d'une classe CP à l'école musulmane Averroès à Lille

Le groupe scolaire musulman Averroès, situé à Lille, projetait d'ouvrir une nouvelle classe de CP à la rentrée scolaire de 2026. Pour concrétiser ce projet, l'établissement a déposé une demande officielle en octobre 2025, comme l'a précisé son directeur, Éric Dufour. Cependant, cette initiative a rencontré un refus catégorique de la part de la préfecture du Nord.

Un refus fondé sur des suspicions de liens avec les Frères musulmans

Dans un courrier daté du 22 janvier, la préfecture a justifié son opposition en affirmant que le projet scolaire « se rattache clairement à la mouvance frériste ». Cette expression fait référence aux Frères musulmans, une organisation sunnite pan-islamiste fondée en Égypte en 1928. Éric Dufour a confirmé cette information, initialement rapportée par le site d'actualités Médiacités, et a exprimé son amertume face à cette décision.

« C'est l'éternelle suspicion qui ressurgit, comme si la justice n'avait rien balayé », a déploré le directeur. Il fait ainsi allusion aux précédents litiges juridiques impliquant l'établissement. En réponse à ce refus, l'avocat de l'école, maître Paul Jablonski, a annoncé qu'un recours en référé serait déposé dans les prochains jours, marquant le début d'une nouvelle bataille administrative.

Un établissement au cœur de controverses récurrentes

Le groupe scolaire Averroès, qui comprend un collège hors-contrat et un lycée, est actuellement fréquenté par près de 800 élèves. Cela en fait le principal établissement musulman en France, selon les données disponibles. Son histoire récente est marquée par des tensions avec les autorités.

Fin 2023, le préfet du Nord a rompu le contrat d'association du lycée avec l'État, l'accusant de « manquements graves aux principes fondamentaux de la République ». Toutefois, en avril 2025, le tribunal administratif a annulé cette décision, estimant que le préfet n'avait pas « suffisamment démontré » les allégations, notamment concernant le « manque de pluralisme culturel de la documentation accessible aux lycéens » ou le « caractère contraire aux valeurs de la République du cours d'éthique musulmane ».

Suite à cette annulation, l'Éducation nationale a rétabli les contrats des enseignants du lycée. Cette mesure est temporaire, dans l'attente d'une audience de la Cour administrative d'appel qui statuera définitivement sur ce dossier. Cette situation illustre les difficultés persistantes auxquelles fait face l'établissement dans ses relations avec les pouvoirs publics.

Des démentis face aux accusations de liens organisationnels

L'établissement a été soutenu par l'ex-UOIF, devenue Musulmans de France, une organisation issue des Frères musulmans. Ce soutien remonte à l'ouverture du lycée en 2003, une période marquée par l'interdiction du port du voile à l'école. Cependant, les responsables de l'école Averroès ont toujours fermement démenti l'existence de liens directs entre cette organisation et l'équipe pédagogique du lycée.

Ils insistent sur leur indépendance et leur engagement à respecter les valeurs républicaines, malgré les suspicions récurrentes. Ces démentis n'ont pas suffi à dissiper les doutes des autorités, comme en témoigne le récent refus d'ouverture de la classe de CP.

Un contexte politique national tendu

Cette affaire s'inscrit dans un cadre politique plus large, où les Frères musulmans font l'objet d'une attention particulière. Fin janvier, l'Assemblée nationale a adopté une résolution appelant au lancement d'une procédure visant à inscrire cette organisation sur la liste européenne des organisations terroristes.

Cette initiative parlementaire pourrait influencer les décisions futures concernant les établissements soupçonnés de liens avec la mouvance frériste. Elle ajoute une dimension supplémentaire aux défis auxquels est confronté le groupe scolaire Averroès, qui doit naviguer entre ses aspirations éducatives et un climat de méfiance institutionnelle.

En somme, le refus de la préfecture du Nord d'autoriser l'ouverture d'une classe de CP à l'école Averroès de Lille soulève des questions complexes sur la liberté d'enseignement, la laïcité et la gestion des suspicions liées à l'islam politique en France. L'issue du recours juridique à venir sera déterminante pour l'avenir de cet établissement et, plus largement, pour le débat sur l'éducation musulmane dans le pays.