La plateforme Mon Master, lancée en 2023 pour centraliser les candidatures en master, plonge les étudiants en psychologie dans le désarroi. Selon une enquête de l'Association des étudiants en psychologie (AEP), 78% des candidats de cette filière n'ont reçu aucune proposition d'admission à la mi-juin, contre 62% toutes disciplines confondues. Le nombre de places en master de psychologie est jugé très insuffisant au regard du flux de licenciés.
Un goulot d'étranglement sans précédent
En 2025, près de 35 000 étudiants ont obtenu une licence de psychologie en France, mais seulement 8 000 places sont offertes en master, soit un taux de sélection de 23%. « C'est une hécatombe, déplore Sarah Lefèvre, présidente de l'AEP. Beaucoup de nos camarades se retrouvent sans solution, avec un diplôme de licence qui ne permet pas d'exercer le métier de psychologue. » Les universités les plus demandées, comme Paris-Cité ou Lyon-II, affichent des taux d'admission inférieurs à 10%.
Critères de sélection opaques
Les étudiants dénoncent également le manque de transparence des critères de sélection. « On nous demande des lettres de motivation, des relevés de notes, mais on ne sait pas exactement ce qui est évalué », témoigne Lucas Martin, candidat à l'université de Toulouse. La plateforme Mon Master ne permet pas de connaître le rang de classement ni les motifs de refus. « Certaines universités privilégient les mentions, d'autres les stages, d'autres encore les notes de spécialité, mais rien n'est clair », ajoute-t-il.
Des conséquences sur l'orientation et la santé mentale
Face à cette situation, de nombreux étudiants envisagent de se réorienter vers d'autres filières, comme les sciences de l'éducation ou le travail social. « Je passe mes nuits à chercher des alternatives, mais je n'ai pas de plan B solide », confie Clara Dubois, étudiante à Aix-Marseille. L'angoisse est palpable : une enquête de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) montre que 45% des candidats en psychologie déclarent un état d'anxiété élevé, contre 30% dans les autres disciplines.
Les universités tentent de rassurer
Du côté des établissements, on reconnaît les difficultés mais on appelle à la patience. « Les désistements sont nombreux jusqu'à la rentrée, donc des places se libèrent », explique le professeur Marc Durand, directeur du département de psychologie à l'université de Bordeaux. « Nous avons augmenté nos capacités d'accueil de 15% cette année, mais cela reste insuffisant face à la demande. » Le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé la création de 500 places supplémentaires en psychologie pour la rentrée 2027, une mesure jugée insuffisante par les associations étudiantes.
Une mobilisation en préparation
Les étudiants prévoient des actions de protestation à la rentrée. « Nous allons interpeller le ministère et les présidents d'université pour exiger plus de places et une sélection transparente », prévient Sarah Lefèvre. Une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 15 000 signatures. La question de l'accès au master de psychologie reflète un malaise plus large dans l'enseignement supérieur, où la sélection s'intensifie dans de nombreuses filières.



