Un coup de chaud inédit pour une fin de mois de mai secoue la France. Depuis quelques jours, le pays fait face à un épisode de chaleur intense, avec plusieurs départements placés en vigilance canicule. Hausse du mercure et manque de pluie ravivent le souvenir de la sécheresse de 2022, notamment dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où la situation était particulièrement critique.
L'été 2026 sous le signe de l'incertitude
L’été 2026 connaîtra-t-il le même sort ? Dans le Sud, les indicateurs sont plutôt au vert, rassure Zoé Mahé, directrice adjointe de la direction régionale de l’Environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l’occasion d’un point presse dédié sur le plan « Or Bleu » lancé en 2018 pour préserver la ressource.
Nappes sous surveillance
« Depuis cet hiver, nous avons des précipitations très contrastées », détaille l’experte. Si les mois de novembre et d’avril ont été secs, le mois de février a été bien arrosé, tout comme le début du mois de mai. Bilan : des cumuls de précipitation « conformes à l’Est » et même « légèrement excédentaires » à l’ouest du territoire. L’humidité des sols, essentielle pour la régénération de la végétation, se maintient pour l’instant à un niveau au-dessus des normales de saison.
Quant aux nappes phréatiques souterraines, les analyses du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sont positives dans l’ensemble. Les Alpes-Maritimes et le sud des Alpes-de-Haute-Provence restent néanmoins sous surveillance. « Ici, les nappes sont proches des cours d’eau, elles sont très en lien avec l’état de ces derniers », précise Zoé Mahé de la DREAL. Fin avril, les 46 000 kilomètres de cours d’eau que compte le territoire affichaient une situation normale, à l’exception de l’Est de la région où la situation est plus fragile.
Des réserves d'eau rassurantes
Pour passer l’été, le Sud dispose d’un avantage : la région fonctionne avec des ressources locales mais aussi avec des ressources d’eau stockée grâce aux lacs artificiels de Serre-Ponçon sur la Durance et de Sainte-Croix, sur le Verdon. À quelques semaines de l’été, ils affichent un taux de remplissage conforme aux objectifs à la fois pour assurer l’activité touristique, mais aussi les prélèvements nécessaires. « Depuis la grosse crise de 2022, on est dans une situation plutôt bonne, souligne Zoé Mahé. Sur les ressources d’eau stockées, on est assez serein jusqu’à fin juillet, au moins. Ensuite, il y aura une nouvelle évaluation. » Mais la situation reste fragile et peut vite se dégrader, notamment si les températures continuent de grimper.
Des restrictions à prévoir
Malgré ces données encourageantes, des restrictions d’eau sont d’ores et déjà à prévoir cet été. Interdiction d’arroser les golfs entre 8 et 20 heures, de remplir les piscines privées ou encore de laver sa voiture. Ces dernières seront décidées par les préfets des départements, selon les différents niveaux d’alerte. « Dans des régions comme la Provence, à la fois estivale et touristique, il y a une nécessité de vigilance et d’appliquer le principe sobriété », appuie Zoé Mahé.
« Si l’actualité de la ressource cette année, à date de fin mai, est positive, on est sûr que ce ne sera pas toujours le cas en raison du réchauffement climatique », rappelle également Benoit Moreau, directeur du développement de la Société du canal de Provence (SCP), société mixte qui gère l’acheminement des eaux du Verdon et de la Durance vers les villes du Sud. D’où la nécessité d’investir pour préserver la ressource. D’ici 2038, 751 millions d’euros seront dépensés dans le cadre du plan « Or Bleu », notamment pour moderniser les réseaux hydrauliques.
Anticiper les changements futurs
« D’ici quelques années, le régime hydrologique va complètement changer, alerte Zoé Mahé. Les hivers seront de plus en plus pluvieux, avec des risques d’inondations mais moins de neige, et les étés seront de plus en plus secs, sans la fonte du manteau neigeux pour alimenter les réserves. » Pour tenter d’anticiper, une étude va être lancée à l’automne 2026, baptisée « Eau Sud 2050 ». L’objectif ? Évaluer les besoins futurs du territoire. « Il faut être réaliste mais rester optimiste, lance Benoît Moreau. On aura des conflits d’usage, mais on doit faire en sorte qu’ils ne soient pas trop violents. »



