Le Festival de Cannes, qui vient de s'achever, a été profondément bousculé par la réponse menaçante du patron de Canal+, Maxime Saada, à la tribune « Zapper Bolloré », dans laquelle plus de 600 professionnels du secteur s'inquiétaient de la mainmise du milliardaire d'extrême droite sur le financement et la distribution des films. Un nouvel épisode de la guerre culturelle qui agite déjà la présidentielle à venir.
Une montée de tension sur la Croisette
Samedi 23 mai, midi, à quelques heures du dévoilement du palmarès. Sous le cagnard de la Croisette, la parano ambiante monte encore d'un cran. Cette fois, il s'agit moins de parier sur le futur lauréat de la palme d'or que de se préparer à un nouvel épisode de la crise qui, pendant douze jours, a mis les nerfs du cinéma français à vif, dans la foulée d'une tribune appelant à « zapper Bolloré », publiée le 11 mai sur le site de « Libération » puis le 12 dans le journal.
Sous « couvert d'anonymat » – un gimmick dans le milieu depuis le début des hostilités –, un professionnel en cauchemarde déjà : « Si, à la cérémonie de clôture, Swann Arlaud ou Javier Bardem décrochent un prix et s'expriment sur scène, comment Bolloré réagira-t-il ? » Dix heures plus tard, la tension retombe. Pas un mot plus haut que l'autre, aucun appel à la sédition. Certes, le discours du cinéaste Emmanuel Marre, seul des signataires de la fameuse tribune à se voir remettre un prix (celui du scénario, pour « Notre salut »), égratigne le sulfureux big boss, mais il s'avère trop sibyllin pour raviver les débats.
Un contexte politique explosif
Après l'ahurissant psychodrame de la commission parlementaire sur l'audiovisuel public, instrumentalisée par le député Charles Alloncle, les menaces du Rassemblement national (RN) de suppression du Centre national du Cinéma (CNC) accusé de financer « des films gauchistes et woke », le limogeage brutal de plusieurs dirigeants de sociétés de production, le milieu du cinéma est en ébullition. La tribune « Zapper Bolloré » a été le déclencheur d'une réaction en chaîne, avec la réponse cinglante de Maxime Saada, qui a menacé de réduire le financement de films jugés trop critiques envers le groupe.
Les professionnels du secteur redoutent une scission du cinéma français en deux camps : d'un côté, les films soutenus par Canal+ et les grands médias, de l'autre, les productions indépendantes et critiques. Cette guerre culturelle pourrait avoir des répercussions durables sur le paysage audiovisuel français, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
Des réactions contrastées
Du côté des signataires de la tribune, on dénonce une tentative d'intimidation. « Nous ne nous tairons pas face à la mainmise d'un milliardaire sur notre industrie », déclare l'un d'eux, sous couvert d'anonymat. En revanche, certains professionnels estiment que la tribune a été trop loin et qu'elle risque de polariser inutilement le débat. « Le cinéma a besoin de tous ses financements, y compris ceux de Canal+. Il faut dialoguer plutôt que de se dresser des barricades », confie un producteur.
Le Festival de Cannes, habituellement vitrine du glamour et du septième art, s'est ainsi retrouvé au cœur d'une bataille politique et économique. La prochaine édition, en 2027, s'annonce déjà sous haute tension.



